Notre-Dame de Paris: le bilan

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par Justine Planque (Les Enquêtes du Supplément)

Une semaine après l’incendie qui a ravagé la cathédrale de Notre-Dame, de nombreux débats ont éclaté. La mise en cause d’un déficit d’entretien des monuments ainsi qu’un manque d’intérêt financier pour le patrimoine ont fait polémiques…

Après Notre-Dame: notre patrimoine en danger ?

Beaucoup de grands noms du patrimoine ont leur avis sur la question : chez nos confrères de FranceInfo, l’historien de l’art Alexandre Gady et le rédacteur en chef du magazine la Tribune de l’Art, Didier Rykner ont abordé le sujet sensible. Pour eux, le réel manque d’entretien et l’insuffisance des normes de sécurité sont étroitement liés à l’incendie. Cela appuie le fait que nos bâtiments français, inscrits au patrimoine, ne sont pas dans leur meilleure forme.

En France, il existe de nombreux sites dont l’entretien et les normes de sécurité laissent à désirer. Alexandre Gady était également l’invité de l’émission Envoyé Spécial sur France 2 ; c’était pour lui l’occasion d’expliquer l’urgence dans laquelle le reste du patrimoine français se trouve. D’après lui, il y a une réelle interrogation à avoir sur les protocoles de sécurité, l’incendie de Notre-Dame est révélateur de l’état sanitaire de l’intégralité du patrimoine. Gady estime également qu’il est important de prendre de meilleures précautions et d’ajouter des normes de sécurité lorsque que des travaux sont entreprit sur ces sites.

La Fondation du Patrimoine a rebondi sur l’incendie qui a ravagé l’église parisienne en précisant qu’il existe bien plus d’autres « petite Notre-Dame à sauver à travers la France ».

En 2018, lors du lancement du loto du patrimoine, Stéphane Bern expliquait déjà l’origine de l’urgence dans laquelle sont de nombreux monuments : pour lui, la ligne budgétaire dédiée à l’entretien a souvent été utilisée pour faire autre chose. Il estimait déjà que des monuments devaient être restaurés car l’entretien n’avait pas été fait « en temps et en heure ».

Notre patrimoine en péril

Le coût est une des raisons à prendre en compte pour expliquer le manque d’entretien de certains de ces monuments. Beaucoup de sites n’appartiennent plus à l’État et ce sont aux communes de payer, une somme souvent beaucoup trop onéreuse. Néanmoins, l’État est le propriétaire de 87 (ou 86, ils se contredisent sur le site officiel ) cathédrales qui, elles aussi, menacent de s’effondrer. Hormis l’apport financier que nécessitent ces édifices, il existe de nombreuses atteintes alentours qui fragilisent les monuments. Certains estiment que l’éolien et le photovoltaïque dégradent et dénaturent le paysage de ces sites.

De nombreux conservateurs estiment que les monuments sont laissés à l’abandon, Didier Rykner avait déjà déploré l’état scandaleux de l’installation électrique dans l’église de La Madeleine.

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Pour lui, la mairie de Paris ne s’occupent pas assez de ses églises et cathédrales tout comme le reste des monuments français. Outre le manque d’entretien et d’intérêt pour le patrimoine, ce qui exaspère également, c’est le fait que depuis l’incendie, il y ait eu une prise de conscience.

Désormais, l’État souhaite y accorder un meilleur budget et une meilleure attention. Pour Rykner et Gady, c’est déjà trop tard.

Un budget trop limité ?

Le budget de la culture (10 milliards), qui représente 2,1% du budget de l’État en 2019, dédie une partie de ses fonds au patrimoine, à hauteur de 3%. Un montant qui apparaît comme étant trop minime pour pouvoir entretenir les divers monuments et oeuvres d’art qui appartiennent à la France. Le budget accordé au patrimoine représente presque 1 milliard d’euros. Les fonds sont divisés en deux sous-catégories : 130 millions d’euros sont destinés à la restauration des monuments historiques et 326 millions d’euros sont destinés à l’entretien et la restauration des monuments historiques. Sur le papier, plus de 300 millions, cela paraît énorme. Or, les besoins sont nettement supérieurs aux ressources : il existe plus de 2 000 monuments historiques considérés comme en péril et le budget reste bien trop limité.


Le fait que le budget accordé à l’audiovisuel public ou au cinéma par exemple (3,89 milliards et 724 millions), soit nettement supérieur que celui donné au patrimoine a suscité un énervement collectif. Une pétition pour augmenter le budget consacré au patrimoine a d’ailleurs été créée sur le site www.change.org.
Cependant, comme dit plus haut, l’État n’est pas le seul fournisseur en terme de fonds. Un grand nombre de collectivités et d’acteurs privés doivent y participer également. Une large partie des monuments historiques n’appartiennent plus à l’État et d’après la loi le « propriétaire d’un monument historique est désormais maitre d’ouvrage des travaux qui y sont entrepris ». Les communes doivent donc soutenir leur patrimoine local, or leur budget est bien inférieur à celui de l’État, cela explique le manque d’entretien d’un certain nombre de sites.


D’une autre part, beaucoup s’insurgent de « l’argent magique » qui est apparu pour la rénovation de la cathédrale de Notre-Dame. Pour Didier Rykner, le fait de trouver de l’argent une fois que la cathédrale a failli s’éteindre est exaspérant. Il trouve également que le lancement de la collecte nationale était une très mauvaise idée. D’après lui, c’est à l’État de reconstruire car il en est le propriétaire. Les Français n’ont pas à payer pour le manque d’intérêt financier envers le patrimoine de l’État.

Pour beaucoup d’historiens d’arts et de conservateurs, c’est l’importance accordée à des causes bien plus futiles qui suscite l’énervement : les Jeux Olympiques par exemple. Le fait de dépenser des milliards d’euros pour cet événement alors que la part du budget consacrée au patrimoine est limitée, en tourmente plus d’un.

Pour d’autres, la mise en place du loto du patrimoine en 2018 vient conforter l’idée de l’urgence budgétaire du patrimoine. Le fait d’être obligé de créer un loto pour pouvoir sauver et assurer la restauration et rénovation de monuments en péril renforce l’idée d’urgence financière.

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