La Liberté de la presse est-elle menacée ?

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La liberté de la presse est-elle menacée ? Une nouvelle enquête du Supplément Enragé signée Chloé Le Blay.

Une épée de Damoclès sur l’information

Ainsi titrait la Croix en 2018. Il y a un an était adoptée la loi sur le secret des affaires. Dénoncée par les lanceurs d’alerte et les journalistes comme une menace pour la liberté d’informer, cette loi a secoué les règles du jeu. Elle précise les conditions dans lesquelles notamment l’obtention et la divulgation des informations dites « secret d’affaires » sont illicites et peuvent engager la responsabilité de leur auteur.« L’objet de cette législation, c’est de permettre aux entreprises de se prémunir plus fortement contre le vol de secrets industriels ou leur divulgation à des concurrents» peut-on lire dans un article sur France Culture.

Une année 2019 au désavantage de la liberté de la presse

A nouveau l’année 2019 n’épargne pas la liberté d’informer.

Arrivée cette année en 32ème position au Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières, la France est aujourd’hui secouée par une nouvelle menace. Depuis quatre mois, plusieurs journalistes ont été convoqués à la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure) notamment pour avoir détenu puis publié des documents classifiés « confidentiel défense » concernant l’utilisation d’armes françaises au Yémen, ou pour « révélation de l’identité d’un membre des unités des forces spéciales » dans l’affaire Benalla.

Ces procédures ont entraîné une avalanche de réactions de journalistes et de personnalités politiques, qui dénoncent une atteinte à la liberté d’informer.

Vous avez raison, ça fait beaucoup

Sur France Inter Nathalie Loiseau, tête de liste LREM-MoDem pour les élections européennes et future députée européenne, a assuré être alertée par la multiplication des convocations de journalistes par la DGSI. « On a un devoir de vigilance extrême sur la protection de la liberté de la presse, sur la protection des sources », a-t-elle ajouté.

Des journalistes du site d’investigation, Disclose, ainsi que Benoît Collombat, journaliste à la cellule investigation de Radio France, ont été entendus par la DGSI. Le motif : avoir révélé l’utilisation dans la guerre au Yémen d’armes vendues par la France à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. La ministre des armées, Florence Parly, avait pourtant assuré le 20 janvier dernier qu’elle n’avait « pas connaissance du fait que des armes [françaises] soient utilisées directement au Yémen ». C’est alors que Disclose, en partenariat avec la cellule investigation de Radio France, prouve le contraire avec un rapport de 15 pages daté de 2018 classé « Confidentiel Défense », rédigée par la Direction du renseignement militaire.

Selon Disclose, l’écart entre les déclarations du gouvernement et les contenus récoltés par les journalistes, justifie la publication de documents classifiés secret défense « une nécessité d’autant plus impérieuse que ces documents dévoilent une volonté de dissimulation de la part du pouvoir exécutif » explique le site d’investigation. Il précise également que le rapport ne « dévoile pas d’opérations militaires françaises en cours« , et « ne met aucun personnel français en danger

Suite à ces révélations, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, co-fondateurs du site Discole, ont été entendus pour leur enquête sur l’utilisation d’armes françaises au Yémen. Il leur est notamment reproché d’avoir détenu puis publié des documents classifiés « confidentiel défense ».

Valentine Oberti, quant à elle, est journaliste pour l’émission Quotidien. Son ingénieur du son et sa journaliste reporter d’images ont également été convoqués.

Comme elle l’a affirmé sur le plateau de l’émission, elle a été auditionnée pour « compromission du secret de la défense nationale ». Elle et son équipe enquêtaient sur les ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis.

Autre journaliste convoqué, cette fois-ci pour une autre affaire. Il s’agit d’une enquête ouverte pour « révélation de l’identité d’un membre des unités des forces spéciales ».

Ariane Chemin, journaliste au Monde, a été entendu à la section des atteintes au secret de la défense nationale de la DGSI, pour avoir travaillé sur l’affaire Benalla. Louis Dreyfus, président du directoire du Monde, accompagne la journaliste pour le même motif.

Chargé de mission adjoint au chef du cabinet du Président, Alexandre Benalla a été filmé en train de frapper deux manifestants lors des rassemblements du 1er-Mai 2018. C’est le début de l’affaire dite Benalla.

Cette enquête vise nos articles sur les affaires d’Alexandre Benalla, notamment nos informations sur le profil d’un sous-officier de l’armée de l’air, Chokri Wakrim, compagnon de l’ex-cheffe de la sécurité de Matignon, Marie-Elodie Poitout.

Le Monde suite à la convocation par la DGSI d’une de ses journalistes, Ariane Chemin.

« M. Wakrim était lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d’affaires russe, qui a conduit à l’ouverture d’une enquête pour « corruption »» poursuit le média.

 « Le journalisme doit être en priorité au service des citoyens »

Liberté de la presse 1

Un des neuf points indispensables au métier de journaliste évoqué par Bill Kovach et Tom Rosenstiel dans le livre Principes du journalisme ce que les journalistes doivent savoir, ce que le public doit exiger  publié il y a quelques années est le suivant : « le journalisme doit être en priorité au service des citoyens ». Par ce point, les auteurs défendent, tout comme les journalistes récemment convoqués par la DGSI, le devoir d’informer les citoyens et de lui garantir une information indépendante « cette loyauté à l’égard des citoyens n’est autre que ce que nous avons coutume d’appeler l’indépendance de la presse » peut-on lire. Nous pouvons également y trouver les déclarations de Nick Clooney, un ancien présentateur des informations télévisées à Los Angeles:

Si la question vient à se poser de savoir quels intérêts je défends, ce seront les intérêts de celui qui allume son poste de télévision.

Dans le cas de l’affaire de l’utilisation d’armes françaises au Yémen et de l’affaire Benalla, c’est le secret des sources ainsi que le droit d’informer qui sont défendus par les journalistes convoqués et par leurs confrères.  « C’est une volonté claire de nous fragiliser dans notre travail de journaliste et nous intimider pour la suite », a commenté Mathias Destal, convoqué pour s’expliquer sur l’affaire du Yémen. Virginie Marquet, une de leurs avocats (NDLR: avocate de Geoffrey Livolsi et Mathias Destal) a déclaré  « les enquêteurs ont demandé qui leur avait fourni les documents et par quel moyen. Poser la question est, en soi, une tentative d’atteinte au secret des sources. »

Jacques Monin, directeur de la cellule investigation de Radio France qui a participé à l’affaire des armes françaises au Yémen, a déclaré :« On a clairement compromis le secret défense et on l’assume car on estimait que c’était d’utilité publique. »

Que répond le Président de la République ?

Dans notre pays jamais la liberté d’informer n’a été menacée

Emmanuel Macron sur la chaîne YouTube HugoDécrypte.

Concernant les convocations des journalistes par la DGSI, le président déclare:

Il y a une affaire des armes au Yémen où des journalistes ont révélé le contenu d’une note confidentielle des services. Le média Disclose […] fait son travail de journaliste, on lui demande pas d’où ça vient, il y a une protection : il y a ce qu’on appelle la protection des sources. C’est très bien et on la protège, et j’y veille. Mais à côté de ça il y a une sécurité nationale qui créer des obligations de réserve et donc on doit composer les deux. […] Il y a une enquête qui a été ouverte sur ce sujet parce que c’est grave, parce que sinon n’importe quel journaliste peut se procurer par une indélicatesse des documents qui relèvent de la sécurité nationale et les mettre sur la place publique et ça vous menace vous et moi […] quand c’est classifié en sécurité nationale, c’est qu’il y a une raison.

Concernant les convocations liées à l’affaire Benalla, le Président de la République déclare, toujours sur cette chaîne Youtube:

Dans le cas présent ce n’est pas l’Etat qui a porté plainte […] c’est cette personne qui appartient aux forces spéciales, qui donc mène une activité confidentielle et dangereuse, dont le nom a été révélé par les journalistes. […] Il a porté plainte en disant ‘on met mon nom en danger en disant ça’ . […] Le gouvernement n’y est pour rien.

Pour finir, Emmanuel Macron déclare « qu’il y ait cette sensibilité sur la liberté de la presse je trouve ça formidable pour notre démocratie. […] Il peut y avoir tous ces débats en France parce la presse elle est absolument libre, parce qu’il y a un pluralisme réel, parce qu’on protège les sources, parce qu’on est un des pays qui le fait le plus au monde.»

Pour autant les déclarations d’Emmanuel Macron ne persuadent pas. Le 30 mai, la journaliste Ariane Chemin a déclaré sur France Inter « on a l’impression d’une erreur de casting ».

Suite aux convocations de journalistes, une quarantaine de rédactions ont dénoncé dans une tribune « ces convocations qui ressemblent à de nouvelles tentatives d’intimidation de journalistes qui n’ont fait que leur travail : porter à la connaissance des citoyens des informations d’intérêt public. »

La liberté de la presse est-elle réellement en danger ?

 

 

 

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