Retour sur: L’Avenir de Mia Hansen-Love – Things to come

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Faut-il rappeler que quand je l’ai rencontré, votre mère distribuait des tracts pour le Parti communiste ?

Isabelle Huppert n’est plus à présenter. Avec une cadence d’au moins cinq films par an et un positionnement indépendant ardemment revendiqué (non sans vanité), elle fait partie de ces actrices qui arrivent encore à aller là où on ne les attend pas. L’Avenir est le follow-up du modérément perfide Elle de Paul Verhoeven, qui a eu le mérite d’avoir mis en lumière sa carrière Outre-Atlantique… Et il était temps.

Écrit et réalisé par Mia Hansen-Løve, très remarqué à sa sortie, son succès critique est néanmoins resté majoritairement contenu en Europe (le film a obtenu l’Ours d’argent de la meilleure réalisatrice à la Berlinale 2016). Hansen-Løve s’est distinguée au fil de sa carrière par un style semi-autobiographique, intimiste et indépendant s’observant notamment dans le choix des acteurs avec qui elle travaille :  Mia Wasikowska, Greta Gerwig ou encore Romain Kolinka (présent dans ces 3 derniers films et dans l’Avenir) et par sa double casquette de scénariste et réalisatrice dans la quasi-totalité de ses productions.

L’Avenir: un classique du genre 

Poétique et léger, l’Avenir est un classique dans son genre. On se retrouve dans un Paris romancé, lettré, politique (et un peu prétentieux) où les idées circulent continuellement sur fond de musique classique et d’érudition. Le romantisme et la sensualité suggérée du film réside dans son esthétisme : La nature française y est filmée avec volupté.

On suit le cheminement de Nathalie Chazeaux, professeure de philosophie émérite dans un lycée parisien dans un contexte de grève contre une réforme des retraites imprécise (on reste en France) et responsable d’une collection dans une maison d’édition, dans un cadre de vie en apparence privilégié. Elle subira tour à tour l’infidélité d’un époux également professeur, le décès de sa mère… Tous ses paliers s’effondrent point par point. S’ensuit une quête pour trouver les moyens d’une renaissance. Le personnage de Nathalie est décrit par Huppert comme solitaire, lunaire, « vivant dans le monde des idées » jouissant d’une « jeunesse éternelle » et disposant d’un grand sens de l’ironie. On rajoutera à ce portrait une capacité de résilience hors pair.

Nathalie Chazeaux se cherche. Elle cherche à se redonner une utilité, se raccrocher à autre choses qu’à ses idées. Comme tous les personnages interprétés par Huppert, on ressent les émotions exprimées par Nathalie sans jamais la saisir complètement. On est empathique, mais on ne peut jamais totalement se projeter. On ne peut que constater la singularité de son histoire. On est condamné à observer son évolution dans un film où les personnages, tous comme les idées, sont constamment en mouvement. C’est frustrant, agaçant et… envoûtant. Cet effet est accentué par la vision d’Hansen-Løve, dont la caméra semble obsédée par Huppert, tentant fructueusement de capturer son innocence.  

Le monde des idées, en tant que repère pour Nathalie, englobe toute l’histoire. Il est présent par l’intermédiaire de la musique classique et des références philosophiques qui ponctuent le rythme de l’intrigue, par des citations (ou du name-dropping) de grands auteurs, énoncées par les personnages (Rousseau, Adorno…). Ce cadre est influencé par l’histoire d’Hansen-Løve, née de parents tous deux professeurs d’université en philosophie. Selon la réalisatrice, la question de l’érudition « n’est pas abordée de façon frontale » mais au gré d’une circulation qui rend le film tout sauf soporifique et participe à la vivacité du récit de vie.

La sensualité est incarnée dans la manière avec laquelle la réalisatrice film l’été, le soleil, la relation de transmission qu’elle entretient avec un de ces élèves, magnifiquement joué par Romain Kolinka (qui n’a pas besoin d’artifice pour dégager de la sensualité…).

Par ailleurs, la profession d’enseignant (de philosophie) est mise sur un piédestal : Nathalie transmet, guide et oriente ces étudiants tant sur le plan scolaire que spirituel.

J’ai beaucoup critiqué (par facilité intellectuelle…) Isabelle Huppert pour, d’une part, sa palette de jeu presque invariable et l’apparente similarité des personnages qu’elle choisit de jouer. Il s’agit en général d’une femme bourgeoise, toujours mystérieuse et intrigante, jamais inintéressante, à qui il arrive en général une bricole dont elle n’est pas étrangère. Ce personnage est facilité par un physique envoûtant et un timbre de voix autoritaire caractéristique de l’actrice. En atteste ces derniers succès critiques : Elle, Happy End ou son dernier film, Greta.

L’humanité d’un personnage

Cependant, Huppert a su donner de la complexité à un personnage qui aurait totalement pu tomber dans les définitions types d’une femme cinquantenaire éprise de son ex étudiant pour redonner de l’éclat à une vie jugée morne.

Au contraire, Huppert nous dresse un portrait honnête, humain et identifiable. L’actrice déploie un jeu glacialement réaliste, ponctué de phrases nettes, spontanées, sèches, d’un seul ton contribuant à construire le personnage de Nathalie en femme inatteignable mais  dont la douleur distante à faire face à ce qu’on qualifie grossièrement dans le langage quotidien « d’étapes de la vie » est bien présente : Son époux la quittera pour une femme plus jeune, la mort d’une mère dont la maladie mentale envahissante et l’éloignement n’empêchait pas la tendresse éprouvée à son égard.

L’Avenir est un récit de vie à savourer pour en apprécier l’intimité réconfortante.

Laurent Mondélice

 

 

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