Hommage à Charles Aznavour, « l’Artiste du Siècle »

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La France (et l’Arménie plus encore peut-être) sont en deuil. Charles Aznavour était l’un des derniers géants de la chanson française. 77 années de carrière, durant lesquelles il a fait vibrer le coeur des français et s’est inscrit durablement dans le patrimoine de la culture française. Le Supplément Enragé lui fait rend hommage.

J’ai rarement passé un jour sans écouter de la musique. Sur mes playlists Deezer s’enchaînent, aléatoirement, si bien Booba, Damso, Maitre Gims, 50 Cent, Eminem, Rihanna, Diam’s, MHD, Aya Nakamura que Gainsbourg, Sardou, Léo Ferré, Dalida, Brel, Dassin et Aznavour. Chaque jour de ma vie, je chante du Aznavour. Et il en sera ainsi jusqu’à ma mort.

Comme pour nombre de légendes qui atteignent des âges avancés, je redoute toujours de recevoir une notification m’annonçant leur trépas. Une sale tendance s’est développée chez moi, même: il suffit que je songe à telle personnalité pour qu’elle meure le lendemain. J’étais rassuré, toutefois, de voir Aznavour nous épater comme il savait le faire il y a encore trois semaines, lorsqu’il adressait un message personnel à LeBron James, la star mondiale du basket, qui avait fait part de son admiration pour le chanteur. Le basketteur, ému, a certainement eu la plus grande dédicace de sa vie trois semaines seulement avec la mort de son idole. Et rassuré de savoir qu’à bientôt 94 ans, et après 180 millions d’albums vendus, il remonterait sur scène pour une série de concerts à Bruxelles.

Aznavour, le plus grand chanteur français

Charles Aznavour était un de ces poètes que la France, du moins sa langue, n’en produit plus. Le plus populaire sans aucun doute. Moins survolté que Brel, moins engagé que Brassens, moins provocateur que Gainsbourg, moins génial que Ferré, il savait mêler une plume d’un style pur, travaillé, et des mélodies populaires, qui en ont fait le plus connu dans le monde. Sa célébrité n’avait pas de frontières, il chantait en français, en anglais, en espagnol, en italien, en allemand, en kabyle, en russe et bien sûr en arménien, patrie dont il était originaire et qu’il représentait à l’ONU.

Sa reconnaissance fut tardive. La critique ne voulait pas d’Aznavour. La bohème, il l’a vécu. Son succès fut tardif, à plus de 35 ans, jusqu’à cet envol qui n’en finirait jamais. Il avait pu prendre doublement sa revanche à la fin des années 1990, lorsque récipiendaire d’une Victoire de la Musique, il n’avait pas hésité à régler ses comptes avec certains pontes des médias (Philippe Bouvard notamment, à qui il n’avait jamais pardonné les propos abjects que ce dernier avait adressé à ses débuts), puis lors de la remise de son César d’Honneur par Michel Serrault. Aznavour était également un acteur formidable (La tête contre les murs, Tirez sur le pianiste, Un taxi pour Tobrouk, Les Fantômes du Chapelier). 

Puis au passage à l’an 2000, il avait finalement été élu plus grand artiste musical du monde au XXe siècle par un classement américain Etats-Unis, devant Frank Sinatra, Elvis Presley et Bob Dylan, pardonnez du peu. En 2017, il devenait le second chanteur français à recevoir son étoile sur le Boulevard de la Gloire, le Walk of Fame, après Maurice Chevallier.

Un artiste inoubliable aux 1400 chansons

Dans l’inconscient collectif et le coeur du public, qu’importe les générations, Aznavour était considéré comme le plus grand chanteur français. Même parmi les plus jeunes générations, Aznavour était connu, pour son oeuvre, pas un français est incapable de fredonner un air d’Aznavour, et pour son ouverture, notamment sa défense de la culture rap, et son featuring avec Kerry James en 2008 dans le somptueux « A l’ombre du show-business »

Pas un artiste n’aura immortalisé autant de chansons. J’me voyais déjà, La Mamma, Hier encore, Emmenez-moi, Non, je n’ai rien oublié, For me formidable, Mes emmerdes, Tu t’laisses aller, Les Comédiens, Sa jeunesse et bien sûr La Bohème, le plus célèbre de tous ses tubes. Il avait écrit pour nombre d’interprètes, dont le magnifique « Retiens la nuit » pour Johnny Hallyday, celui qu’il considérait comme son « fils spirituel ».

Toutefois, c’est sur 5 chansons, parmi les 1400 qu’il a chanté, et les 1200 qu’il a écrite, au cours de sa carrière, que je souhaiterais m’attarder.

Mourir d’aimer (1971)

A l’occasion de la sortie du film du même nom, Aznavour enregistre Mourir d’aimer. Ce texte tragique, chanté à la perfection par le chanteur, fait référence, comme le film de Cayatte, à cette affaire qui avait secoué la France en 1968 lorsque Gabrielle Russier, professeur de lycée, avait noué une relation amoureuse avec l’un de ses élèves, âgé de 16 ans, et avait été condamnée pour détournement de mineurs et enlèvement à un an de prison avec sursis, après que l’affaire soit remonté jusqu’aux plus hauts sommets de l’état. Gabrielle Russier avait fini par se suicider et Georges Pompidou en personne, président la République, avait exprimé sa tristesse et sa consternation face à l’acharnement subie par l’enseignante. 

Comme ils disent (1972)

Nous sommes en 1972. Charles Aznavour livre sa chanson la plus engagée. Une ode à la tolérance, à la lutte contre l’homophobie. « Comme ils disent » est un chef d’oeuvre de beauté, de réalisme, de mélancolie. Qui mieux qu’un homo ou un bi aurait pu mieux décrire la solitude et le rejet qu’ils éprouvaient devant les « lazzis et quolibets » qu’ils recevaient et qu’ils reçoivent encore ? Aznavour, un homme à femmes notoire, s’était mis dans la peau d’un travesti habitant avec « Maman, dans un très vieil appartement, rue Sarasate, avec deux canaris et une chatte », et livra le plus beau morceau traitant de l’homosexualité et certainement comme l’une des plus grandes oeuvres engagées contre les discriminations jamais écrites. 

Les plaisirs démodés (1972)

Toujours en 1972, sur l’album « Idiotie, je t’aime« , Aznavour surprend par un morceau d’une puissance pop qui redorera son image auprès de la jeunesse. Si bien qu’aux Etats-Unis, Stephen Holden n’hésite pas à le qualifier de « divinité de la pop française« .

Cocktail détonnant entre pop moderne (de l’époque) et slow.

She (1974)

Aznavour chantait sans anicroche la langue de Shakespeare et le prouve en 1974 avec She, une déclaration d’amour d’une rare intensité, où la douceur de sa voix épouse merveilleusement un texte poignant.

Gainsbourg reprend Aznavour avec « Parce que » (1985)

Nous sommes en 1985. Gainsbourg, alors devenu Gainsbarre, régale des millions de téléspectateurs en direct tandis qu’il participe au mythique « Jeu de la vérité » de Patrick Sabatier. Sur le plateau, Gainsbourg, entre ses réponses chocs aux questions qui lui sont posées par des anonymes et ses blagues salaces, se met au piano et reprend une chanson qu’Aznavour avait chanté exactement 20 ans auparavant. « Parce que« .

Gainsbourg trouve la mélodie et le tempo pour en faire une déchirante plainte, si criante de douleur, de ce qu’il était devenu au cours des années, de son amour éperdu et toujours vivace pour Jane Birkin, la femme de sa vie, qui l’avait définitivement quitté 5 ans plus tôt, qu’aujourd’hui encore, un frisson se dresse sur ma nuque chaque fois que je l’écoute.

Aznavour était la France

Charles Aznavour, bi-national, arménien d’origine, incarnait la diversité de ce qui fait le rayonnement de la France à travers le monde. La tolérance, l’élévation sociale, le multiculturalisme, l’ouverture sur la jeunesse. Le génie de la langue française. Et ses chansons rayonneront éternellement si ce n’est dans vos cœurs, dans le mien.

Live A. Jéjé

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