Les Enquêtes du Sup’: La Russie de Poutine face à la Russie de Navalny

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Une nouvelle enquête du Supplément Enragé sur la situation russe, et l’opposition du peuple au régime de Poutine, dont l’opposant numéro 1, Alexeî Navalny, purge une peine de prison.

par Alexandra Marchand

La Russie post-soviétique a connu des ruptures et des bouleversements politiques importants. De la démission de Mikhaïl Gorbatchev en 1991, suivie de la politique hasardeuse et instable de Boris Eltsine, à une ascension et une installation durable du dictateur Vladimir Poutine. Aujourd’hui, le peuple russe se voit fragmenté suite à l’empoisonnement et l’incarcération d‘Alexeï Navalny l’opposant numéro un du régime autoritaire du gouvernement de Poutine.

Vladimir Poutine, une ascension au sein dune Russie post-soviétique

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Le président russe, Vladimir Poutine, le 20 août (Source: Aleksey Nikolskyi / Spoutnik via l’AFP)

Ancien officier du comité de sécurité de l’État de l’URSS post-Stalinienne, le KGB, Vladimir Poutine débute calmement sa carrière politique au sein de la mairie de Saint-Pétersbourg suite à la chute du mur de Berlin. Il se fait alors remarqué par Boris Eltsine, président de la Fédération de Russie, devient son conseiller et le rejoint en 1997 à Moscou. Deux ans plus tard, il est hissé au poste de Premier ministre, bien que quasi-inconnu du peuple russe. Il remplace alors Boris Eltsine dans ses fonctions, en tant qu’intérimaire, suite à la démission de ce dernier, usé par la maladie et l’alcool. Le 7 mai 2000, il remporte l’élection présidentielle anticipée dès le premier tour, notamment grâce à sa réaction musclée ayant consisté en une reprise de la guerre contre les Tchétchènes suite aux cinq attentats commis par des indépendantistes entre août et septembre 1999.

Son ascension se déroule dans un contexte social et politique très fragile. La Russie post-soviétique est alors marquée par la pauvreté, la crise financière de 1998, et un système de santé et d’éducation qui s’écroule. Au lendemain de la chute de l’Union Soviétique, la Russie connaît une grave récession économique et la corruption prend rapidement une place importante. Poutine démarre alors sa domination en renforçant son emprise sur le Parlement, contraignant les médias à lui apporter une loyauté sans condition, plaçant l’ensemble des gouverneurs régionaux sous l’autorité de Moscou, et repoussant un à un les oligarques de la politique russe. Ce retour en force russe s’appuie alors sur la hausse des cours d’hydrocarbures depuis l’arrivée de Poutine, dont 30 % du PIB national provient, créant une économie plus stable. Malgré sa politique dictatoriale, Poutine parvient à rétablir un sentiment national, disparu en Russie après la chute de l’URSS. Il réhabilite les symboles soviétiques, glorifie l’histoire et la puissance russe, et héroïse Staline. Il maintient cette glorification mémorielle en pénalisant toutes critiques envers les actions de l’URSS, et en réécrivant l’histoire dans les manuels scolaires. De ce régime autoritaire découlent alors une liberté d’expression sous contrôle, et un pouvoir total du gouvernement sur les médias russes.

Alexeï Navalny, opposant numéro 1 au Kremlin

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Alexeï Navalny à Moscou, le 29 février 2020.  — (Source: © REUTERS / Shamil Zhumatov)

Tel David contre Goliath, Alexeï Navalny, celui dont Poutine n’a jamais prononcé le nom, est un fervent opposant du régime autoritaire du gouvernement russe. Ce militant politique anti-corruption grandit près de Moscou et poursuit des études d’avocat avant de rejoindre en 2000 le « Iabloko », le Parti démocrate russe. Sept ans plus tard, il en est exclu, considéré comme trop nationaliste dans ses positions.

Il se lance alors corps et âme dans une mission : dénoncer la corruption du Kremlin incarnée par Vladimir Poutine. Il rejoint alors le groupe très sélectif des « jeunes leaders émergents » et en 2013, il candidate à la Mairie de Moscou pour laquelle il remportera 30 % des suffrages, mais sera considéré comme inéligible, suite à une condamnation survenue en 2014 et orchestrée, selon lui, par le Kremlin. Il regroupe alors à ses côtés des soutiens financiers, se fait connaître sur les réseaux sociaux, et cherche à inquiéter le pouvoir en dénonçant leur corruption.

Le 20 août 2020, le militant russe se trouve dans un avion entre la Sibérie et Moscou lorsque sa santé se détériore à une vitesse éclair, le faisant tomber dans le coma. Sa famille évoque alors immédiatement un empoisonnement, le politicien ayant déjà subi plusieurs tentatives dans le passé. Alors qu’il est emprisonné en 2019, il subit une grave « réaction allergique » selon les autorités russes, provoquant de nombreux abcès et gonflement des paupières, une intoxication probablement volontaire qui n’a jamais été prouvée. En 2017, il perd également 80 % de sa vision de l’œil droit après avoir été aspergé d’une substance verte par un militant ultranationaliste pro-Kremlin. Son état de santé restant incertain, il est transféré en urgence en Allemagne par avion, où il restera dans le coma jusqu’au 7 septembre.

Le militant est victime d’empoisonnement au Novitchok, un agent innervant développé durant l’époque soviétique. Après quelques mois de convalescence, l’opposant russe fait son retour au pays, et déclare avant son arrivée: « Ici, c’est chez moi. Je n’ai pas peur (…) car je sais que j’ai raison et que les affaires criminelles lancées contre moi sont fabriquées de toutes pièces. Je n’ai peur de rien et je vous appelle à n’avoir peur de rien ». Il est arrêté dès son arrivée à l’aéroport de Moscou le 17 janvier 2020 par les services pénitenciers russes, sous prétexte d’avoir violé les conditions d’une peine de prison avec sursis survenue en 2014 concernant une affaire de fraude. Aujourd’hui, il est condamné à deux ans et demi de prison et se trouve incarcéré dans le centre pénitencier de Pokrov. Il décrit alors son quotidien dans un poste Instagram : « Mais avant l’exercice, on écoute l’hymne national, imaginez ça, la zone autour des baraquements, la neige, des hommes en tenues de prisonniers noires, bottes et chapka de fourrure qui se tiennent dans l’obscurité les mains dans le dos, et un haut-parleur monté sur un mât retentit dans toute la zone : ‘Sois glorieuse, notre libre Patrie’. Un vrai délice ». Le Kremlin maintient toujours son innocence dans l’empoisonnement de Navalny, et refuse de réaliser une enquête.

Le combat du peuple russe face au Kremlin

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Des affrontements opposent les manifestants à la police durant la manifestation en faveur de l’opposant Alexeï Navalny à Moscou le 23 janvier 2021. (© AFP / Kirill KUDRYAVTSEV)

En soutien à l’opposant Alexeï Navalny, des manifestations massives éclatent dans plus de cent villes en Russie le 23 janvier 2021. Alors que les médias occidentaux font le portrait des manifestants comme des partisans de Navalny, ceux-ci incarnent principalement l’opposition à Vladimir Poutine sans automatiquement être pro-Navalny. Dans les rues, ils revendiquent le manque de liberté d’expression, la corruption, l’injustice face aux crimes du Kremlin, et défendent leur dignité en manifestant avec éthique. Ces rassemblements engendrent pour le peuple Russe un sentiment d’union et de solidarité, bien que le Kremlin les condamnent, et dresse leurs portraits au sein des médias russes corrompus, comme irresponsables et dangereux.

Malgré la mise en grade des autorités, les manifestants continuent à descendre dans les rues et font face à des forces de l’ordre à l’autorité agressive, qui arrêtent sans merci tout manifestant avant de les incarcérer pendant plusieurs semaines. Les figures russes anti-Kremlin telles que Kira Iarmych, ou la femme de Navalny, Ioulia Navalnaïa, sont arrêtées alors qu’elles manifestent de manière pacifique. La jeunesse russe se tourne vers les réseaux sociaux pour apporter son soutien au mouvement, malgré les différentes mises en garde du dictateur. Sur la plateforme chinoise TikTok, les jeunes se filment décrochant les portraits de Poutine, les remplaçant par ceux de Navalny, partagent des conseils juridiques en cas d’altercation et pratiques pour ne pas se faire blesser lors des manifestations. Les universités et les écoles déclarent elles les journées de manifestations comme des « journées académiques », en menaçant les élèves d’exclusion, tandis que le ministère de l’éducation s’adresse aux parents, les encourageant à raisonner leurs enfants. Vient alors une complète épuration des réseaux sociaux supprimant toute publication anti-Kremlin. Les médias annoncent également l’ouverture d’une instruction pénale à l’encontre des partisans encourageant les manifestations. Ces manifestations engendreront des milliers d’arrestations, du jamais vu en Russie. Dans un nouvel effort, mardi 23 mars 2021, les partisans d’Alexeï Navalny déclarent leur intention d’organiser au printemps une nouvelle manifestation anti-Kremlin dans une campagne nommée « Free Navalny », une manifestation à laquelle 500 000 personnes participeront sera la « plus importante de l’histoire de la Russie moderne » déclare le responsable de la fondation anti-corruption d’Alexeï Navalny, Ivan Jdnaov.

Des réactions internationales face à l’arrestation de Navalny

L’attention diplomatique des démocraties occidentales est alors portée sur la Russie, alarmées du traitement du militant et réclamant sa libération. Le premier à réagir face à l’arrestation d’Alexeï Navalny, est le président du Conseil européen, Charles Michel qui réalise un appel à Moscou sur Twitter en exigeant une « libération immédiate » du militant. Suite à ce premier avertissement, les accusations déferlent de la part des dirigeants européens. Leurs appels à sa libération restants sans réponses, plusieurs États membres demandent de nouvelles sanctions contre la Russie, et réalisent une déclaration commune regroupant plus de 45 pays signataires dont la France dénonçant « la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales qui se détériorent ».

Malgré ces sanctions occidentales faites à l’encontre de la Russie, les contre-sanctions russes liées à l’hydrocarbure portent des conséquences plus sévères et Vladimir Poutine déclare qu’elles auraient permis de développer de nouvelles ressources pour la Russie. Les États-Unis prennent alors le relai, et le conseiller de la sécurité nationale du président Joe Biden, Jake Sullivan se sert également de Twitter pour dénoncer les crimes du Kremlin : « Les attaques du Kremlin contre M. Navalny ne sont pas seulement une violation des droits humains, mais un affront au peuple russe qui veut que sa voix soit entendue ». Une façon également de préfigurer la nouvelle tonalité adoptée de la part des États-Unis envers la Russie suite à l’élection de Joe Biden, une position plus ferme que son prédécesseur Donald Trump. L’arrivée du nouveau locataire de la Maison Blanche n’ayant pas bien été accueillie du côté russe, les tensions montent dans une escalade verbale entre les deux dirigeants depuis quelques semaines, après que Joe Biden a qualifié Vladimir Poutine de « tueur », pouvant précipiter la relation américano-russe vers de nouvelles tensions.

Sources
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