Les Enquêtes du Sup: Regain de tensions entre l’Inde et la Chine

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Des soldats indiens montent la garde à un poste de contrôle le long d'une route menant à la région du Ladakh, au Cachemire, le 17 juin 2020. © Danish Ismail, Reuters

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Une nouvelle Enquête du Supplément Enragé de notre journaliste Camille Leveillé concernant le conflit sino-indien qui fait rage depuis un an dans la région du Ladakh. 

par Camille Leveillé

L’année écoulée, plus précisément depuis avril 2020 a vu sur le sol asiatique une recrudescence de tensions diplomatiques entre ses deux Géants, l’Inde et la Chine.

 

Les origines du conflit entre l’Inde et la Chine

Les deux pays partagent 3 500 km de frontières dans l’Himalaya et se disputent le territoire de Ladakh depuis 1962. De nombreux contentieux opposaient les deux pays dans les années 1960. Au cœur des tensions, la question tibétaine, notamment après que l’Inde a accordé l’exil au dalaï-lama et ses disciples, et celle de la délimitation frontalière entre les deux pays. En 1962, cette escalade de désaccords s’est progressivement transformée en affrontement militaire. La Chine, en octobre 1962, lança plusieurs attaques contre les troupes indiennes qui n’étaient ni équipées ni préparées pour parer de telles offensives.  

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Source : Openstreetmap Contributors / Courrier International

Après cet « assaut punitif », la Chine a retiré ses militaires, mais continua son combat sur le plan diplomatique en concluant de nombreux traités avec les ennemis de l’Inde dans la région dont le Pakistan. Au niveau frontalier, les deux parties du conflit ont tracé une ligne, la Line of Actual Control (LAC), en 1962 toujours, mais sans être d’accord sur son tracé. Cette délimitation fait 827 km de long et se trouve à 4000 mètres d’altitude. Cette « guerreéclair » avait permis à la Chine d’annexer « la moitié de la province indienne du Ladakh par la Chine, dans le but d’établir un lien terrestre entre le Tibet et le Xinjiang ».

A l’origine, l’Inde souhaitait construire une route de 250 km reliant ses postes-frontières dans l’Himalaya mais la Chine voulait avant tout éviter une connectivité indienne trop importante. En parallèle des pourparlers diplomatiques et militaires, en avril 2020, l’armée indienne a noté des déplacements inhabituels de l’Armée Populaire de Libération (APL) chinoise sur la rive nord du lac Pangong. L’APL a notamment installé des campements dans une zone tampon qui était théoriquement interdite aux deux Etats. Les affrontements ont lieu dans la région de l’Aksai Chin (sous contrôle chinois mais revendiqué par l’Inde).

L’escalade de la violence     

Les premiers incidents militaires se sont déroulés en mai 2020 lorsque les militaires des deux camps se sont livrés à une bataille à mains nues et avec des lance-pierres aux abord du lac Pangong. L’escalade s’est vérifiée le 15 juin lorsque, dans la vallée de la rivière Galwan, de nouveaux combats à mains nues ont entrainés la mort de 20 soldats indiens (les chiffres du côté chinois n’ont pas été communiqués). Ces morts sont les premiers depuis 45 ans dans la région et confirment la naissance d’un conflit ouvert. Un accord entre Pékin et New Delhi avait été trouvé le 5 juillet 2020 donnant lieu à un recul des deux camps (2km pour la Chine et 1,5km pour l’Inde) mais cet équilibre précaire avait été rompu à la fin de l’été 2020 lors de nouveaux affrontements. En effet, l’Inde accuse la Chine d’avoir violé les accords conclus dans la nuit du 29 au 30 août 2020 et de s’être livrée à des « mouvements militaires provocateurs » sans faire aucune victime. Le ministère chinois des affaires étrangères quant à lui réfute ces accusations.

Ces tensions ont également d’autres conséquences. Par exemple, leur regain fin août 2020 a fait chuter la bourse indienne de 2,13%. De plus, dans un communiqué de septembre 2020, le ministère des technologies indien a indiqué que 118 applications chinoises étaient désormais interdites de téléchargement en Inde. Cette nouvelle vague d’interdictions intervient quelques mois seulement après que d’autres applications chinoises, dont Tik Tok, a été interdit dans le pays. Ces interdictions représentent un levier diplomatique important pour l’Inde qui démontre ainsi que le bras de fer entre les 2 États se joue certes militairement mais également aux niveaux diplomatique et commercial.

Le froid, nouvel ennemi des troupes

Depuis avril 2020, les troupes des deux armées sont toujours postées le long de la LAC à 4000 mètres d’altitude. Ils sont 50 000 côté indien et un nombre sûrement équivalent côté chinois à devoir rester en position alors que les températures peuvent descendre jusqu’à -40° avec de la neige en décembre et en janvier. Pour l’heure, aucun pourparlers n’a abouti et les prochaines discussions n’ont toujours pas été planifiées. Selon des sources militaires, le froid engendre des pertes dues à des « œdèmes pulmonaires de haute altitude, des formes sévères de thrombose veineuse, de thrombose cérébrale, des troubles psychologiques […] des gelures, un éblouissement causé par la neige, des engelures ». Pour tenter de minimiser ces pertes, l’armée indienne s’est organisée : les soldats arrivant sur la LAC ont un processus d’adaptation de 14 jours et les équipements ont été adaptés aux conditions météorologiques. Des conditions restant toutefois difficiles car les militaires peuvent porter 20 à 45 kg d’équipement avec des difficultés à respirer en raison du manque d’oxygène. Les conditions de vie sont donc précaires et le froid va être, ces prochains mois, un ennemi tout aussi féroce que l’armée adverse pour les deux États.

En somme, l’issue pacifique et diplomatique ne semble pas être d’actualité pour le moment. Toutefois, selon le spécialiste Jean-Luc Racine, il est peu probable que ce conflit ne dégénère en guerre ouverte car les deux parties auraient trop à perdre, notamment du point de vue économique.

Bibliographie
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