L’édito du 31/01 – #JeNeSuisPas Mila mais…une affaire miroir de la France ?

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L’édito du 31 Janvier 2020 sur l’affaire Mila qui continue de secouer la société française plus de dix jours après son apparition. 

Ce que nous révèle la polémique sur la polarisation de notre pays

par Live A. Jéjé

Il en fallait une de plus. Une énième chicane commentée à tout va, sur nos télés, nos réseaux sociaux (et ainsi nous rappeler que ces derniers ont pris le pas sur les canaux traditionnels). L’habitude de voir des milliers d’internautes s’enflammer sur un Hashtag, de voir deux camps, symbolisés par deux Hashtag, l’un incarnant le oui, l’autre le non, est devenue si courante qu’il aurait presque été possible à côté de cette polémique supplémentaire qui n’aurait, s’il restait un semblant d’équilibre et de recul dans la tête des gens, et plus grave encore, au cœur de rédactions putassières, jamais dû prendre une telle ampleur.   

Qui est Mila ?

Mila est une jeune ado de 16 ans. Vivant dans la banlieue lyonnaise, amatrice de chant, elle possède un compte Instagram garnie en abonnés. Elle a à cœur de le faire vivre, de jouir de la popularité, du sentiment d’importance qu’offre cette société virtuelle, où elle possède, comme tant d’autres, selon le nombre de ses followers, une notoriété plus ou moins étoffée. Pour cela, elle entretient son profil comme un manager veille sur sa starlette. Elle dispense ses conseils, ses opinions, sur tous les sujets, comme les jeunes personnes aiment le faire.

Contrairement à bien de ses camarades d’école, pour qui cette période adolescente est celle de la réflexion, de la remise en cause permanente, elle n’a pas l’air d’avoir de souci à s’assumer comme elle est. Quand tant d’autres gamins la cache aux autres, la tait à soi-même, parce qu’elle est encore nommée par trop de monde une « différence », Mila revendique son homosexualité haut et fort, haut jusqu’à son visage, accessoirisé d’un anneau entre les deux narines, relevé d’une teinture pimpante, qui fait tout de suite appel pour nos esprits aliénés de raccourcis et de clichés à l’assomption parfaite, sinon l’archétype, de la lesbienne militante. Fort car elle ne se laisse pas faire : lorsque l’on assume cela, qui plus est quand on tient à être une influenceuse ou une jeune fille populaire sur les réseaux sociaux, une carapace résistante aux critiques est indispensable, et pour peu que la nature nous en ait fournie, le sens de la réplique mouche bien des haters et autres intolérants.

La naissance de l’affaire

Les séances de tchat en live sont une étape indispensable pour quiconque, qui ne disposant pas d’un statut médiatique conférant à la célébrité, souhaite fédérer son public. Alors, Mila se prête au jeu. Il y a deux semaines de cela, le 18 janvier, elle décide de parler, entre autres choses, des « styles » de filles, de garçons. Une follower confie ne pas être une grande fana du style « rebeu ». Mila la comprend, ce n’est pas trop son grain de sel non plus (comme les garçons en général…). Là-dessus, un jeune « rebeu » justement, se hasarde à lui faire des avances. L’intéressée le recale gentiment, mais la veste (et celles de janvier, c’est ici l’expérience de votre serviteur qui parler, font toujours plus mal que les autres, puisqu’en des temps glaciaux, on s’en revêtit péniblement, comme Atlas traine le monde sur le chandail posé sur ses épaules…) semble fouetter au visage du dragueur comme une gifle. Une humiliation. Blessé dans son amour propre, il la traite d’abord de « sale lesbienne » pour ensuite conclure qu’elle est raciste.

C’est à ce point précis de l’histoire que vont commencer les ennuis pour la jeune fille. Car Mila, on le répète, n’a pas l’habitude de se laisser faire. Les insultes homophobes, les moqueries sur son look…elle a le cuir tanné. Forte en gueule, elle se défend de l’accusation de ce jeune idiot, qui ne semble pas piger que refuser ses avances n’est pas obligatoirement le signe évident d’un racisme mais peut, dans la plupart des cas, n’être que le simple fait qu’il n’est pas le genre de profils qui éveille son désir, et pour le coup, cela semble concerner tous les hommes.

Evidemment, de la part d’un type qui qualifie ainsi le lesbianisme, on devine sans trop d’écueils quelles doivent être les limites de son cerveau étriqué en matière de tolérance et de compréhension de l’autre…Mais vexé, il n’en reste pas là. Il cherche à créer le buzz en essayant de faire passer Mila pour une raciste, doublé d’une islamophobe. Elle répond que cela n’a rien à voir avec la religion musulmane, elle affirme « rejeter toutes les religions », sans discernement. Mais le « mal » est fait : des dizaines, qui se transforment vite en centaines, d’internautes la pointent du doigt. Mais comme Mila est cette ado qui s’assume, qui ne se laisse pas dicter sa conduite, elle ne s’avoue pas vaincue. Elle contre-attaque, dans une nouvelle vidéo, cette-fois publiée dans sa story Instagram, sans passer par quatre chemins.

Je déteste la religion. Le Coran est une religion de haine, l’islam c’est de la merde, je dis ce que je pense ! Je ne suis pas raciste. On ne peut pas être raciste envers une religion. J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir.

Mila, sur son compte Instagram

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec une saillie aussi violente, Mila a pleinement exercé son droit au blasphème, et l’intensité de son discours n’a rien à envier aux insultes qu’elle reçoit sur sa boite de réception. Mais là où elle ne pense ne rien craindre, elle ne se rend pas compte de la portée que cette sortie va avoir sur sa vie, quelles répercussions vont suivre dans les prochaines heures. La vidéo devient virale et provoque un véritable tollé d’indignation. Des appels à son viol, à sa mort, des commentaires nauséabonds d’homophobie sont proférés. Son identité se voit usurpée sur plusieurs faux comptes, et très vite, des internautes n’hésitent pas à balancer des informations personnelles qu’ils ont réussi à glaner : sa localisation, son école.

Les jours qui suivent sont un véritable cauchemar. L’extrême-droite, via un média identitaire dont nous tairons le nom pour ne lui faire la moindre publicité, récupère l’affaire et dénonce le harcèlement que Mila subit comme une atteinte à la liberté d’expression, et ne manquent bien sûr guère de conclure qu’une fois de plus, les musulmans en sont la cause. L’extrême-gauche militante continue la clouer sur la croix pour sa seconde vidéo. Même les mouvances LGBT ultra ne se pressent pas pour voler à son secours.

Des divergences jusqu’au sein du gouvernement

Suite à la création des Hashtag #JeSuisMila et #JeNeSuisPasMila, les médias s’emparent de l’affaire, en font leurs choux gras. Mila, elle, doit être déscolarisée, poursuivant dorénavant et pour une période indéterminée son apprentissage scolaire depuis chez elle. La justice se saisit de l’affaire à deux titres : une instruction est ouverte pour déterminer si la teneur de ce qui est dit dans cette seconde vidéo relève de l’incitation à la haine, une autre a pour but de protéger Mila des menaces qui pèsent sur sa vie.

Alors que les camps des soutiens, et des pourfendeurs s’affrontent frontalement sur Twitter, Facebook, Instagram et autres applications du genre, le délégué général du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), Abdallah Zekri se livre à un argumentaire dont la malhonnêteté intellectuelle confine à l’absurde : bien qu’il se navre des menaces de mort reçues par l’adolescente, il assure qu’il faut qu’elle assume les conséquences de ce qu’elle a dit, car « qui sème le vent récolte la tempête ».

Traduction : Je me désolidarise des gens qui veulent sa peau mais cela devait mal tourner, ce serait bien mérité quand-même.

L’avis de Marlène Schiappa, à coup sûr, était le plus attendu des journalistes, tellement friands de ses commentaires, sur chaque sujet qui fait (ou non d’ailleurs) l’actualité, si bien qu’ils lui demanderont sans doute bientôt son opinion sur la collection automne-hiver de La Redoute). Celle qui a accepté de débattre prochainement avec Eric Zemmour condamne fermement les paroles de Zekri qu’elle juge « criminelles et coupables ».

Pour la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, c’est une tout autre histoire. Son sentiment sur la polémique est apparu, à la surprise de tous, et de ses homologues ministres les premiers, bien plus nuancé. Si elle ne peut cautionner une seule des menaces reçues par Mila, elle a qualifié son discours de « grave », car heurtant la « liberté de conscience ». Etrange formule employée par la ministre de la Justice qui semble ainsi inventer le délit de blasphème en France.

Christophe Castaner, qui n’a sans doute pas assez à faire avec les manifestations et les accusations de bavures policières, monte sur le ring et fustige aussitôt sa collègue, qui rétropédale alors, concédant avoir commis une « erreur » en considérant les injures sur la religion musulmane inacceptables.

La justice se prononce définitivement : Mila n’a porté atteinte à la dignité et l’intégrité d’aucun musulmans, elle a juste donné son avis sur une religion, et est donc, juridiquement parlant, dans son bon droit. L’instruction pour incitation à la haine est classée sans suite.

Etre ou ne pas être Mila (ou comment enfermer le débat dans une polarisation ridicule…)

Impossible de ne pas être Mila

Au milieu de ce foutoir énorme, que penser ? Doit-on être Mila ou non ? Telle est la question…Il est avant tout nécessaire de rappeler qu’en France, la justice prévaut sur tout le reste, et que d’un point de vue purement légal, Mila est exempte de toute sanction. Il serait d’ailleurs dommageable que le droit au blasphème, comme à toute opinion relative à un courant idéologique, mystique ou philosophique tant qu’il n’incite pas à la haine ou la stigmatisation des individus qui y adhèrent, disparaisse en France, plus encore lorsque cinq ans après les attentats du 7 janvier 2015, il ne reste qu’un peu moins de 4 français sur 10 qui se sentent encore Charlie.

Ils semblent avoir oublié pourquoi ils le furent. Ce qui signifiait « être Charlie ». Que le soutien manifesté à Charlie Hebdo au lendemain des attaques qu’a subi le journal n’était pas une caution spécifique à celui-ci, régulièrement pointé du doigt pour ses dessins satiriques (à la qualité inégale…), mais qu’être Charlie représentait le refus le plus absolu que quiconque au pays des Lumières ne vienne à être tué pour des mots ou des caricatures.

En se remémorant ceci, l’on ne peut qu’être Mila, parce qu’il est tout aussi intolérable que le harcèlement dont elle est la victime depuis le 18 janvier puisse se solder par son lynchage ou son suicide.

Impossible d’être Mila

A côté de cela, il demeure incontestable que les propos de l’adolescente sont outranciers, d’une vulgarité saisissante, et que dans notre climat sociétal actuel, au terme d’une décennie où l’Islam a été mis sur le devant de la scène médiatique sous toutes les coutures, fusse à cause des exactions d’une armée d’intégristes qui n’hésitent pas à tuer en masse au nom d’Allah, de la montée en flèche des actes islamophobes ou des régulières remises en cause de ses préceptes, il paraît logique qu’un certain nombre de concitoyens de confession musulmane s’estiment une fois de plus, face à un requiem aussi violent, qu’ils ont découvert pour la plupart sorti de son contexte, blessés en leurs fors intérieurs. Lésés aussi, du manque de condamnation, au moins morale, des termes employés par Mila sur leur religion. Ainsi, il est tout aussi logique qu’ils s’approprient, après toutes les critiques émises sur leur obédience, par extension du don qu’ils font d’une part d’eux-mêmes à leur Dieu, ce que Mila a asséné sur ce dernier.

Même si elle n’a rien provoqué, qu’elle n’a fait que se défendre de la vengeance d’un petit abruti homophobe et autocentré, qu’elle n’a pas eu pour volonté de s’en prendre aux musulmans, Mila est allée très loin dans sa plaidoirie et être Mila, uniquement pour des raisons de liberté d’expression relèveraient pour le coup de l’hypocrisie, car notre conception de la liberté d’expression se réduirait alors à une géométrie plus que variable : la mansuétude avec laquelle Mila est soutenue par ses défenseurs ne s’est pas appliquée à certains musulmans lorsqu’ils tinrent des discours tout aussi sujets à la controverse. L’on peut citer comme exemple flagrant de ce manque de cohérence le cas de la chanteuse Mennel, écartée de l’aventure The Voice pour des dérapages tenus sur les réseaux sociaux à un âge similaire, qui n’a bénéficié d’aucune indulgence.

édito 31 janvier Mila Mennel
La chanteuse Mennel

De quoi l’affaire Mila est-elle le signe ?

Pour une poignée de nuance

Recycler le slogan #JeSuis en l’association avec Mila est d’une impertinence totale, car elle nous force à trancher sans la moindre nuance entre deux pôles, les pros et les antis, quand il suffit de se mettre à la place de la jeune fille comme des musulmans qui ont été choqués par les paroles qu’elle a tenu pour saisir la complexité de l’affaire.

#JeSuisCharlie, à l’image du fameux « Nous sommes tous Américains » suite aux attentats du 11 Septembre 2001, ne posait pas ce souci de la nuance. Peu importe qu’on l’ait été ou non des amateurs des excès assumés de Charb, Cabu et toute la bande d’électrons libres qui ont été tués les uns après les autres dans les locaux de Charlie Hebdo, tout comme des supporters ou critiques de l’impérialisme américain, l’ampleur macabre, l’inexcusable degré de cruauté et de barbarie de ceux qui ont perpétrés ces deux attentats ne faisaient matière qu’à peu de débats et n’étaient révélateurs que d’une haine qui dépasse tout entendement.

Ici, et grâce à la protection dont bénéficie actuellement Mila, et qui doit obligatoirement passer par un soutien psychologique afin d’éviter tout risque que ce ne soient pas ceux qui menacent de la tuer qui passent à l’acte, mais elle-même qui décide de mettre fin à ses jours, il est possible, a minima sereinement, de dresser un portrait aussi analytique que critique des propos de chacun des parties et des raisons expliquant leur virulence.

Une polarisation profitant aux extrêmes

En premier lieu, et c’est sans doute ce qu’elle a de plus triste, l’affaire est une nouvelle preuve de la polarisation exponentielle de différentes « communautés » au sein de la société française, quand le terme même de communauté ne devrait pouvoir, en France, se pluraliser, au regard de l’article 1 de notre Constitution :

 La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances 

Alinéa 1 de l’Article 1 de la Constitution de la Ve République

Un bel idéal qui semble ne plus avoir la moindre existence. Au fil des années, en témoigne la dérive électorale vers les partis extrémistes, la France ne semble guère ressembler à une nation au peuple uni, qui peut avoir des différends, des divergences d’opinions, mais qui reposent toutes sur un socle commun de valeurs qui ont contribué à son rayonnement à travers le monde. Au contraire, nous avons l’impression d’avoir affaire à des peuples, des « communautés », qui ne cessent de cohabiter froidement, de se tolérer et quereller, jusqu’à la menace et la rixe. Les nombreuses vidéos de soutien à Mila ou sa mise au pilori qui sont apparues sur la toile le montrent parfaitement.

Certaines mettent en scène une frange très conservatrice, réactionnaire, de la société française, et parmi elle, beaucoup de jeunes qui n’hésitent pas à déverser leur fiel d’islamophobie (constituant ainsi de plus mauvais soutiens à la jeune fille dont le but premier était de se défendre d’une telle accusation). L’autre, des jeunes hommes et femmes, personnifications de ce que les premiers appellent la « racaille », affirmant leur projet vengeance face à la charge de Mila sur l’Islam. Des individus qui emploient le « nous », le « on » à chaque phrase, se distinguant eux-mêmes du reste du peuple français, pour le plus grand plaisir des réactionnaires, qui ne les considèrent guère plus comme des français comme les autres.

Une jeunesse radicale, sûre d’avoir raison et otage de caricatures

Tous ces jeunes montrent dans leurs discours les signes d’une radicalité de la pensée, d’un refus de la compréhension, de l’ouverture à l’autre qui ne semblent pouvoir mener à quelque résultat positif pour notre société.

Mais il y a encore plus inquiétant : c’est la certitude, que ce soit pour Mila, ses détracteurs, ses soutiens identitaires, avec laquelle ces différents profils s’expriment, martèlent leurs idées et sont prompts à émettre des jugements définitifs, qui transpirent d’une inculture et d’une aliénation de leurs esprits de poncifs caricaturaux.

Mila ne semble connaître du Coran que ce qu’il a de plus critiquable. D’abord, elle est de ces enfants post-11 Septembre, qui n’ont eu de représentation de l’Islam que des modèles de barbarie, d’Oussama Ben Laden aux frères Kouachi, en passant par Mohamed Merah. D’autre part, son orientation sexuelle ne peut que provoquer, face à l’intolérance des textes sacrés pour ce qui relève de l’homosexualité, qu’un rejet profond de la religion. Et ceux qui l’attaquent semblent faire abstraction qu’effectivement, les trois grandes religions monothéistes en France ont des positions sur l’homosexualité contestables à tous les niveaux.

Mais le mépris de la jeune femme pour les religions ne s’arrête pas là à sa simple orientation sexuelle. C’est tout ce que les religions disent sur le statut de la femme, le patriarcat que Mila combat. A-t-elle raison de ne pas être d’accord avec la soumission, à Dieu, à leurs pères, leurs maris, que les religions demandent aux femmes en particulier ? Les avancées sociétales de ces cinquante dernières années vont dans son sens et bien heureusement que des mouvements, si radicaux furent-ils parfois, ont œuvré pour l’indépendance des femmes françaises et tendu vers l’égalité, ont existé.

Toutefois, la propre radicalité de certains de ces mouvements féministes, qui n’est plus à prouver, n’a-t-elle pas également fini, à une échelle moindre que la religion, on en conviendra, mais qui n’est pas à balayer d’un revers de main, par prendre en otage certaines femmes, formatant leur pensée d’un logiciel qui rappelle la pratique aveugle demandée par la religion à leurs croyants ? N’est-il pas étrange qu’une jeune fille de 16 ans soit la captive, sans s’en rendre compte, la caricature, jusque dans sa façon de parler, dans son look, des grandes prophétesses du féminisme ultra ?  N’est-il pas problématique qu’elle ait un discours si vulgaire, totalitaire, étroit, violent à l’égard de la religion, aussi intolérant que certaines paroles religieuses envers les femmes, les homosexuels ? Mila ne serait-elle pas enfermée dans une forme de conditionnement volontaire, de la même manière que ceux qui appellent à sa mort adoptent un phrasé, un style vestimentaire, développent une pensée qui, comme par hasard, correspondent parfaitement à la caricature faite par l’extrême-droite du « banlieusard » de cité, musulman, fils d’immigré, étroit d’esprit, misogyne, entretenue par une culture urbaine, musicale, cinématographiques, si riche en clichés ?

Face à ces constats, ne serait-il pas temps que chacun d’entre nous, quel qu’il soit, qu’importe sa religion, sa couleur de peau, son orientation sexuelle, l’endroit d’où l’on vient, où l’on vit, entamions une réflexion sur notre degré d’aliénation et ses conséquences sur notre capacité à considérer l’autre, à le respecter malgré ses différences ? C’est l’opportunité sur laquelle débouche aujourd’hui la polémique autour de Mila : se rapprocher, écouter nos modèles avec un recul critique suffisant pour ne pas tomber dans l’intolérance.

Un support virtuel prompt à la multiplication de ces controverses

Certes, l’histoire n’a cessé de le souligner, via ses grands penseurs, leurs yeux quelque peu amusés, que les jeunes générations sont toujours persuadées de détenir la vérité dans ce qu’elle aurait de plus pure et absolue, relativisant le danger qu’une telle croyance représente, arguant que les années font leur œuvre et que la maturité se chargent d’affiner leurs points de vue.

La différence de taille qui sépare nos jeunes générations de celles de la Commune, de Mai 1968, de la crise des banlieues de 2005 même, est la facilité avec laquelle ils ont accès à la parole et donc à un auditoire potentiel de millions de personnes. En 2020, les réseaux sociaux permettent à tout le monde de dire ce qu’ils veulent, et sous couvert d’anonymat. Derrière son écran de téléphone, les mots employés dans cette société virtuelle sont exacerbés, les combats aussi. Là où dans la vraie vie, les gens se réfrènent, par peur, des coups de l’adversaire, de l’autorité, un effet libérateur pousse les internautes à s’exprimer dans l’outrance la plus totale.

Ces outrances, au sein des polarisations qui se créent autour d’un Hashtag, d’une actualité, sont encouragés par ces propres plateformes sociales qui relaient les tendances, incitant l’utilisateur à la réaction. La télévision, la presse, consciencieuses de céder le moins de terrain supplémentaire aux réseaux, épient ces tendances, se ruent sur l’information, la traite à son tour, qu’importe sa bêtise, son inanité, ou encore la polémique qu’ils vont trouver au détour d’un dérapage, d’une parole mal exprimée.

Les réseaux sociaux développent cet effet de loupe sur chaque parcelle de la société, des sujets qui y sont traités au jour le jour. Nous, internautes, cédons trop souvent, comme les autres canaux de communication à l’émotion, en voulant donner notre avis, sans même s’être précisément renseigné sur ce que l’on croit se devoir de réagir.

Limiter les possibilités des réseaux sociaux pour les mineurs ?

Avec Mila, deux autres constats qui laissent à réfléchir peuvent être dégagés sur la question de l’utilisation de ces réseaux sociaux. En premier lieu, l’affaire aurait-elle eu lieu si Mila, au lieu de cultiver une notoriété artificielle en consacrant autant de temps à administrer son profil avait eu la vie classique d’une lycéenne de 16 ans, qui va à l’école, fréquente ses copines, développe des amourettes, fait ses devoirs, sans être connue et suivie à la trace par des milliers de followers ?

En second, l’affaire aurait-elle pris une ampleur aussi conséquente si Mila n’avait pas réagi par le biais d’une vidéo qui a fini par se retrouver dans les fils d’actualité de millions d’utilisateurs ? La justice française ne devrait-elle pas se pencher sur la question de l’irresponsabilité, pour une personne mineure, d’étaler son quotidien, ses opinions, au péril de sa réputation, de sa vie même ? Peut-on laisser la possibilité à des adolescents de seize ans poster des vidéos sur le net qui dévoilent leur faciès et les laissent dire tout et, surtout, n’importe quoi ?

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