L’édito du 28/01: De qui Bilal Hassani est-il la cible ?

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L’édito du 28 Janvier 2019 sur la qualification de Bilal Hassani pour l’Eurovision 2019 et les insultes racistes et homophobes qui ont suivi sur le net.

Bilal Hassani, une homophobie universelle ?

par Live A. Jéjé

Suite aux qualifications organisées par l’émission Destination Eurovision, Bilal Hassani représentera la France au célèbre concours du même nom qui se déroulera à Tel Aviv le 18 mai prochain. S’en suit depuis un véritable déferlement d’insultes racistes et homophobes sur la toile, plus conséquent encore que les habituelles menaces et injures qu’il reçoit ordinairement.

 Un harcèlement qui s’inscrit dans la durée

            Comme nombre de personnalités publiques, et plus généralement n’importe quelle personne, qui assume son homosexualité sur les réseaux sociaux, Bilal Hassani est habitué à subir la vindicte des relents homophobes et racistes les plus nauséabonds des internautes que les plateformes de diffusion de vidéos et les réseaux sociaux ne peuvent filtrer. Déjà, en décembre dernier, les associations Urgence Homophobie et Stop homophobie avaient décidé d’engager des actions en justice envers tous ceux qui contribuent à la spirale infernale d’insultes et de menaces de mort dans laquelle le jeune chanteur, revendiqué « Queer », se retrouve plongé. Une spirale que la propre mère du chanteur avait dénoncé dans une vidéo de soutien à son fils en 2018.

            Sa qualification pour représenter la France au concours Eurovision de la chanson a enflammé le web. Hier, 27 janvier, les deux associations ont assuré avoir déjà relevé plus de 1500 tweets discriminants. Ce chiffre est à prendre avec beaucoup de précautions. Premièrement parce que des tweets du même acabit ont été relevés dans une proportion deux à trois fois plus nombreuse. Dans un second temps, parce que si elles prenaient le temps de regarder ce qu’il se passe ailleurs que sur Twitter, à l’image des incontournables Youtube et Facebook, ce chiffre pourrait encore aisément se multiplier par 5, voire par 10.  

Une homophobie venant de toutes parts

            Deux archétypes d’harceleurs se distinguent au sein de ce fatras d’injures, les deux mêlant racisme et homophobie. D’un côté, l’habituel archétype du facho d’extrême-droite, doublement dégoûté à l’idée qu’un « bougnoul », « pédé » qui plus est représente leur patrie dans un concours que cette dernière n’envisage même pas de gagner, tant cela lui couterait cher de devoir l’organiser, comme le veut la règle, l’année suivante.

De l’autre, et c’est là que le bât blesse, une partie conséquente, si ce n’est majeure de ces posts immondes ont été signés de la part de personnes susceptibles de subir le même racisme de la part du facho de base. Ce qui pose la question trop souvent restée taboue de l’homophobie latente inhérente à nombre d’individus issus de l’immigration ou français d’origine étrangère.

Noir et gay, le bon filon pour les maisons de disques ?

            D’autres commentaires de cette qualification, toutefois dénués de tout accent discriminatoire, se sont penchés sur la légitimité de futur représentant de la France au concours mythique. En cause, une interrogation : est-ce parce que Bilal Hassani est un jeune homme courageux, revendiquant sans courber l’échine son homosexualité qu’il parvient à percer dans le monde de la musique ou parce qu’il est réellement talentueux ? Si pour le cas de Hassani, la question restera en suspens, le système de sélection proposé par Destination Eurovision consistant à la fois en un vote du public et un vote d’un jury international, ce point avait déjà été soulevé il y a quelques mois par Charles Consigny, l’avocat et polémiste désormais présent chaque samedi dans le talk-show de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », lors de la promotion de Kiddy Smile.

Kiddy Smile face à Charles Consigny dans On n’est pas couché

Etre noir et gay est-il devenu aujourd’hui un « avantage » afin de percer au sein de certains milieux artistiques parisiens, pétris d’un humanisme et une tolérance de façade ? Oui, justement parce que cet humanisme et cette tolérance est de façade. Si la question posée est sujette à polémique, elle est pourtant légitime tant la logique cynique des maisons de disque et du milieu artistique bobo en général a l’habitude « d’exploiter », de presser jusqu’à la moelle de jeunes artistes (peu importe leur talent, et que Bilal Hassani tel Kiddy Smile n’en manquent guère), représentatifs de « minorités visibles », plus encore s’ils sont charismatiques, « atypiques », à des fins mercantiles. Il serait ainsi pertinent de remettre en cause les possibles conséquences que ces collaborations entre ces boites de prods, qui comme chaque entreprise a vocation à gagner de l’argent et ces personnalités, partiellement favorisées pour ce qu’elles sont, ce qu’elles dégagent qu’importe la qualité de leurs œuvres, possiblement sujettes à des discriminations pouvant entraîner à long terme de véritables drames, à l’image du cas tristement célèbre de FX, candidat de Secret Story 3, qui finit par mettre fins à ses jours une fois sa petite heure de gloire passée, n’ayant pas bénéficié d’un soutien psychologique, qui devrait exister au sein de chaque structure de production artistique de grande envergure, qui aurait pu lui permettre de gérer la notoriété et ce qu’elle peut entraîner de mauvais, de traumatisant.

            L’on ne peut que souhaiter bonne chance à Bilal Hassani pour la finale de mai prochain, se réjouir du succès qu’il rencontre, condamner aussi fermement que possible les attaques quotidiennes de cette vieille France d’extrême droite dont il est la cible mais également de la part, et c’est le plus inquiétant, d’une majorité de jeunes issus des mêmes vagues d’immigration.

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