L’édito du 02.06 : Violences policières, racisme, vérités, fake news et solutions ?

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Peut-on en finir avec les violences policières et les conditions de travail éprouvantes des policiers ?

par Live A. Jéjé

Il y a des séquences qui nous paraissent parfois sortir tout droits d’un mauvais scénario. Qui aurait cru, alors que Camélia Jordana créait la polémique le 23 mai dernier  avec ses affirmation au sujet des violences policières selon lesquelles des « milliers d’hommes et de femmes de banlieue » ne se sentiraient pas en sécurité et subissaient chaque jour un « massacre » en se « rendant au travail à cause de leur couleur de peau », que quelques jours plus tard, l’Amérique serait à feu et à sang suite à un énième et ignoble crime raciste et que nombre de français réclamerait que notre paysage audiovisuel et notre gouvernement balayent aussi devant les portes des commissariats ?

Une belle union nationale

La « guerre » sanitaire, telle que notre président l’a qualifié le 16 mars dernier, aura au moins eu pour effet de rassembler une majorité de français derrière un objectif commun, sauver un maximum de vies, ce qui a permis à nous tous d’oublier quelques peu les nombreux sujets à polémiques sur lesquels nous n’avons de cesse de nous diviser. L’angoisse généralisée face à la vague pandémique du COVID19, l’attention portée au suivi d’une situation que peu d’entre nous – à l’exception de rares personnes ayant vécu à l’étranger avec la menace de virus comme Ebola, d’une poignée de survivalistes préparés depuis des années à faire face à tous les malheurs qui pourraient tomber sur notre monde et de quelques centenaires qui se souviennent ne pas avoir eu la chance de bénéficier d’un confinement organisé à l’échelle nationale quand, au sortir de la Première Guerre Mondiale, une grippe espagnole toute aussi meurtrière allait sévir durant presque deux ans – n’auraient jamais pensé vivre, avaient remisé par devers nous nos ordinaires écharpements sur cet espace aussi merveilleux de liberté que dangereux et violent qu’est internet, et plus particulièrement les réseaux sociaux dont peu d’entre nous, et les quelques semaines que nous avons dû passer cloitrés chez nous l’ont prouvé, parviennent encore à se passer.

La chose n’était pourtant pas évidente. Pour beaucoup, tourner jour après jour comme des lions en cage dans nos foyers présentait le risque de nous amener, par un ennui devenant insupportable, d’entretenir nos esprits râleurs et nos soifs de débats à la qualité rhétorique souvent médiocre, dans le dégainement de nos claviers pour quelques commentaires assassins, quelques réactions épidermiques sur les sempiternelles problématiques sur lesquelles il est si compliqué de tomber d’accord : la politique, l’immigration, la religion, les discriminations (et par symétrie, l’acquisition ou la sauvegarde des droits) mais encore de la police.

Des services publics et des initiatives saluées

Il y a dix jours, il n’était encore question que de ce fameux Coronavirus, que du déconfinement, de l’attente des modalités inhérentes à la réouverture des espaces publics, des lycées, de nos commerces et restaurants. Nous avons unanimement ou presque salué le travail de nos personnels soignants et d’une armée appelée à leur renfort, pour tout mettre en œuvre afin de transporter nos plus malades vers des services de réanimation saturés et les soigner. Il en fut de même avec le tissu associatif et les initiatives citoyennes spontanées qui offrirent, dans un formidable élan de solidarité, la possibilité, aux plus fragiles, nos séniors dépendants en premier lieu, de continuer à vivre à peu près normalement sans qu’ils n’aient besoin de prendre le risque de sortir de leurs habitations.

Quand le peuple fait bloc…

Ainsi va la République. Quand un péril menace ses enfants, sans distinction d’origine, de couleur de peau, d’orientation sexuelle, d’opinions politiques, ceux-là se rendent compte qu’ils sont tout à fait capables de s’unir. Ils le firent à plus d’une occasion ces récentes dernières années, bien sombres pour notre pays, à chaque attentat perpétré sur notre sol. Nous avions fait bloc, dans la défense de la liberté d’expression, après que deux frères, et quelques-uns de leurs copains fanatiques, eurent décimé la rédaction d’un journal satirique (dont nous n’étions pour la plupart pas de grands amateurs) pour la simple et indigne raison que les plus grands caricaturistes de notre temps, qui n’y survécurent pas, avaient osé exercer pleinement le droit au blasphème.

Nous avions fait bloc, encore, devant l’horreur des cadavres jonchant le sol des terrasses de nos brasseries et de la fosse d’une salle de spectacle bondées quand, un sinistre vendredi 13, nous découvrîmes effarés, et le choc fut encore plus grand dans le reste du monde pour qui la France a toujours rayonné pour son incarnation de la liberté, des droits de l’homme (incarnation qu’il nous faudrait, plus souvent qu’on ne souhaite l’avouer, repenser) qu’ils qualifièrent ce jour de « 11 septembre français », devant leur et notre stupeur glacée, réflexe mécanique face à l’inconcevabilité généralisée de la planète que des barbares lourdement armés puissent déambuler en toute décontraction dans les rues de Paris, la « plus belle ville du monde », tout comme il aurait paru ridicule aux yeux de n’importe quel monsieur tout le monde, avant un mardi ensoleillé de 2001, que des avions de ligne puissent venir se crasher dans des buildings de 110 étages.

Nous avions fait bloc, enfin, lorsqu’au soir d’un 14 juillet, un autre de ces islamistes décida de foncer sur une foule mêlant niçois et vacanciers, célébrant notre fête nationale, amassée sur la mythique Promenade des Anglais.

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Attentats du 14 juillet 2016 à Nice, sur la Promenade des Anglais

…puis divorce

Chaque fois, notre belle unité n’a pas tardé à voler en éclats. Cela n’a encore une fois pas manqué. S’il y a un sujet qui depuis deux ans a fait couler autant d’encre dans les rédactions que de larmes ; de douleur premièrement, sur des gilets jaunes qui samedis après samedis ne savaient pas s’ils allaient rentrer chez eux les yeux simplement rougis des fumées lacrymogènes ou privés d’un œil, sacrifié sur l’autel de leurs convictions, contre un tir de flash-ball, de colère aussi pour tant d’internautes, qui, tel que c’est le cas à ces heures , expriment leur lassitude, leur dégoût devant des comportements policiers trop violents à leur goût, plus encore lorsqu’ils sont dirigés à l’encontre d’individus qui seraient pris pour cible selon la couleur de leurs peaux.

Il n’a fallu que quelques jours pour que l’opinion s’enflamme, atteignant cette fois-ci un degré de fureur comme cela n’avait plus été le cas depuis longtemps. Une fureur qui nous interroge sur ce qu’il se passera dès aujourd’hui 2 juin, alors que appels à se mobiliser dans la rue, quand bien-même ce droit fondamental, qui nous avait été suspendu durant le confinement, n’a pas encore été rétabli, à l’image des débuts de manifestations qui ont eu lieu à Paris ce week-end.

La polémique Camélia Jordana

Ses propos dans On n’est pas couché

Le 23 mai dernier, après deux mois d’interruption, On n’est pas couché effectuait ce qui sera un bref retour à l’antenne, l’émission allait disparaître de la grille des programmes de France 2 à la fin du mois après quatorze années de bons et loyaux services. Deux septennats qui nous auront définitivement laissé d’authentiques moments de télévision.

Était ente autres invité de l’émission, dans le rôle de critique d’un soir, l’écrivain Philippe Besson, qui a tenu à faire remarquer, ce que beaucoup d’entre nous n’ont pas trouvé utiles de noter, que dans notre admiration pour les soignants, l’armée, les associations, les citoyens, un corps du service public avait été ignoré : celui de la police. Si elle avait été revalorisée aux yeux des français aux lendemains des attentats, il n’avait pas fallu longtemps pour que la défiance habituelle que beaucoup ressentent à son endroit reprenne le dessus. Effectivement, personne d’autre que le gouvernement, et encore, n’avaient songé à remercier la police d’avoir d’une façon générale plutôt bien réussi à faire respecter le confinement (malgré d’éternels inconscients qui n’avaient pas à l’idée que s’ils se fichaient d’attraper ce virus, ce n’était peut-être pas le cas de toutes les personnes qu’ils côtoient et qu’ils risquaient de contaminer en ne suivant pas les règles établies) à un peuple français si trompe-la-mort, réputé pour sa tendance pluriséculaire à la désobéissance, stimulée par la tentation de profiter des premiers beaux jours du printemps. Besson a rappelé à juste titre qu’à l’image des infirmières et aides-soignantes, les personnels de police étaient eux aussi aux prises quotidiennes avec des conditions de travail particulièrement difficiles (on ne compte plus le nombre de suicides dans la profession qui continue de s’alourdir d’années en années) et pour un salaire qui ne les valent pas.

Camélia Jordana face à Philippe Besson dans On n’est pas couché (23/05/2020)

Invitée elle aussi, la chanteuse et comédienne Camélia Jordana, vainqueur de La Nouvelle Star il y a une dizaine d’années, alors encore adolescente, et César du meilleur espoir féminin en 2018 pour sa prestation saluée par la critique dans Le Brio d’Yvan Attal, où pour de premiers pas prometteurs au cinéma, elle donnait la réplique à nul autre que Daniel Auteuil, excusez du peu, a discuté avec Besson de la « détestation » dont l’institution fait l’objet au sein de l’opinion, et de la question des violences policières. Camélia Jordana a d’abord argué que des hommes et des femmes se faisaient « massacrer en France pour nulle autre raison que leur couleur de peau ». Tandis que Besson a reconnu les dérives de certains policiers, notamment contre des manifestants, malgré sa certitude que l’immense majorité se comporte de façon respectueuse envers les citoyens (il précisera plus tard « 95 % »), Camélia Jordana a assuré qu’elle ne parlait pas des violences relatives aux manifestations.

Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau. C’est un fait.

Elle a alors également confié son propre ressenti, de personne d’origine maghrébine, face à la police.

Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité faire à un flic, et j’en fait partie. Aujourd’hui, j’ai les cheveux défrisés. Quand j’ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. Vraiment.

Besson a tenté de lui rappeler que ces mêmes flics étaient également victimes de violences de la part banlieusards dans le cadre de leur travail, mais Camélia Jordana a réfuté la comparaison, pour ensuite établir elle-même un autre parallèle.

Pardon, mais c’est comme parler de féminisme et de me dire ‘’oui mais quand-même, y’a des gonzesses qui…’’. En fait, non. Le combat est tel qu’on ne peut pas du coup voir l’espèce de virgule qui serait l’arbre qui cacherait la forêt et qui permettrait de minimiser le combat dont il est question. Je suis désolée.

Des propos qui ont suscité de vives réactions

Il n’en a pas fallu plus pour que des centaines de réactions commencent à pleuvoir sur les réseaux dès la fin de l’échange, et que des milliers d’autres s’y rajoutent lorsqu’en début de semaine, alors que le syndicat de police Alliance faisait part de son indignation, que le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner condamnait avec fermeté les propos de l’artiste et que la temporaire émission de Cyril Hanouna, C’est que du kif (quasi-quotidiennement présente en Top Tweet), qui remplacera Touche pas à mon poste jusqu’à la fin de la saison télévisuelle est revenue sur la polémique en taclant à leur tour Camélia Jordana.

Nombreuses ont été celles qui ont condamnées ses propos. De l’électorat acquis à l’extrême-droite qui ont exprimé leur soutien sans faille aux forces de l’ordre, donnant raison à ces derniers d’employer la force avec la « racaille » qui pulluleraient dans les banlieues, à des profils beaucoup plus hétéroclites, dont beaucoup de banlieusards, qui contestent le « massacre » quotidien dont parle Camélia Jordana et qui pour eux n’est qu’un argument mensonger.

Parmi ces profils hétéroclites, un nombre conséquent d’hommes noirs ou typés maghrébins (qui sont selon les enquêtes réalisées par des rédactions sur la question des contrôles au faciès les plus souvent contrôlés par la police) se sont plaints que l’artiste se soit exprimée sur un sujet sur lequel elle n’avait aucune légitimité, parce qu’elle n’aurait pas grandie en banlieue et aurait joui tout au long de son existence d’une situation financière, d’abord familiale puis professionnelle, qui l’aurait toujours éloigné du type de policiers qui usent de techniques violentes. Également dans le viseur de ces mêmes hommes, la méconnaissance totale dont souffrirait Camélia Jordana au sujet de la complexité des rapports entre policiers et banlieusards, soutenant que les violences commises par la police au sein ou à l’orée des cités seraient de la même intensité peu importe la couleur de la peau, expliquant que selon eux, l’appartenance du jeune au profil « mec de cité » primerait sur la couleur. Beaucoup de personnes ont également soupçonné qu’elle ne tiendrait ce discours que dans un objectif mercantile.

Heureusement pour elle, Camélia Jordana a tout de même reçu le soutien, notamment des personnes les plus engagées à l’extrême-gauche, au sein de mouvements antiracistes décoloniaux, féministes, afroféministes mais également de banlieusards (principalement des femmes) qui avouent ne pas comprendre pourquoi on interdirait à l’artiste de se prononcer sur une question relative aux banlieues même si elle n’en est pas originaire. Un argument qui dans la bouche de ces personnes engagées résonne avec une certaine forme d’hypocrisie tant elles répètent à longueur d’actions, de publications ou de débats sur les réseaux sociaux que ceux qui ne sont pas concernés (définissant qui a ou n’a pas la malheureuse possibilité d’en être victimes) par le sexisme, le racisme, ou encore la condition des femmes en banlieue, sujet aussi souvent récupéré par ces mouvements que par les partis politiques, notamment en pré-période électorale feraient mieux de se taire.  

Le problème du discours de Camélia Jordana

Il est difficile de se forger une opinion qui, telles toutes celles qui se veulent constructives, se doit d’être à la fois claire mais au postulat ayant subi l’exercice ardu du recul critique, par rapport aux faits, au contexte dans lesquelles ils se déroulent, à la façon dont ils nous sont présentés, et aux études et statistiques existantes, tant celles que les institutions mettent à notre disposition que peuvent être faussées que celles des médias indépendants, dont il faut également se méfier pour leur partialité.

Il faut reconnaître qu’il est facile pour le public de s’en prendre à des célébrités. Elles sont habituées à vivre, lorsque les médias, et ils se délectent tout autant de leur demander que certaines stars de répondre, les interrogent sur des problématiques, à essuyer durant quelques jours des critiques acerbes, principalement sur les réseaux sociaux.

Le véritable problème qui se dégage du discours de Camélia Jordana n’est pas qu’elle ait donné son opinion sur un sujet qu’elle ne connaîtrait pas. Comme tout un chacun, elle a parfaitement le droit de s’exprimer et il serait tout aussi idiot de refuser à quiconque le droit de se prononcer sur une question relative aux rapports entre la police et les banlieusards sous le simple prétexte qu’elle n’en serait pas originaire, que d’interdire aux millions de français qui commentent l’évolution de la situation économique du pays au fil des politiques menées parce que la grande majorité ne possèdent pas le niveau nécessaire pour comprendre les rouages complexes du fonctionnement de l’économie (bien qu’il convienne que chaque personne, mais ce serait se bercer d’utopie que de l’espérer, se renseigne un minimum sur le sujet dont ils parlent, que ce soit des conditions de vie en banlieue ou de la compréhension ou non des choix d’un gouvernement en matière de budget ou de l’économie afin d’éviter tant que faire se peut les conversations de café du commerce).

Ce qui apparaît plus maladroit dans ses propos, c’est que l’artiste s’inclut elle-même parmi les personnes concernées par la question des violences policières par son ressenti (certainement honnête) de malaise ou de peur devant la police, ainsi que sa croyance dans un racisme qui aurait imprégné le corps policier de façon majoritaire (ce qui en soi n’est pas dénué de toute pertinence à regarder les données à notre disposition qui montrent une tendance opérée par les fonctionnaires de police à virer vers l’extrême-droite du spectre politique dans leurs choix électoraux).

Malgré ce ressenti, si Camélia Jordana n’arrive pas à prendre le recul nécessaire pour comprendre que le danger qu’elle aurait pu courir (jusqu’à son passage chez Ruquier), de par sa notoriété, d’être un jour victime de violences policières qui s’avéreraient racistes (à différencier des violences policières qui existent lorsqu’une personne, qu’importe sa couleur, est prise en infraction et se rebelle) est très minime, et c’est tout à fait pardonnable, ses affirmations sur les « massacres » et les « milliers » de personnes envers qui la police serait prête à s’en prendre à tout moment, relèvent cette fois de la calomnie la plus pure, et plusieurs études, aussi bien officielles qu’issues d’organismes ou de médias qui ne souffrent pas, étant souvent les auteurs de critiques virulentes envers l’état, de l’accusation d’être à la solde du pouvoir l’attestent.

Les véritables statistiques des violences policières à notre disposition

Depuis 2017, des statistiques officielles paraissent chaque année et tentent de recenser le nombre de faits de violence commises par les forces de l’ordre, sans distinctions d’origines, d’idées politiques, ou encore de couleurs de peaux. Des études non-officielles menées par certaines organisations, telles que L’Observatoire des libertés publiques, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) ou rédactions (StreetPress, Médiapart) tentaient déjà de recenser ces faits en publiant, à échéances aléatoires, les chiffres issus de leur travail de recherche. Ces secondes données sont à considérer avec une certaine prudence, ne pouvant être que des estimations.

Les études officielles, quel que soit le sujet dont elles traitent, souffrent souvent de contestations quant à la méthode usitée par les organismes mandatés par l’Etat pour établir les statistiques qu’elles nous renseignent, et ces dernières statistiques d’être revues à la hausse ou à la baisse pour mieux se conformer aux choix et aux projets politiques menés par les gouvernements en place. Ces critiques s’appuient notamment sur les chiffres issus des enquêtes non-officielles. Pour ce qui attrait aux violences policières, ces accusations seraient à prendre au sérieux si ces dernières enquêtes nous présentaient un nombre de personnes tuées ou blessées dans le cadre de violences commises par des fonctionnaires de police beaucoup plus élevé que le chiffre officiel.

Dans ce cas présent, en comparant les chiffres de ces différents types d’étude, les possibles accusations de manipulation de la part de l’Etat tomberaient à l’eau : en effet, les enquêtes non-officielles effectuées ne laissent non seulement pas supposer que le nombre de victimes aurait été revu à la baisse, mais bien au contraire, elles présentent des taux bien inférieures à ceux avancés par les études officielles.

Ainsi, alors que StreetPress estimait le nombre de personnes tuées par la police dans le cadre de violences à 47 entre 2007 et 2017, les chiffres officiels font état de respectivement 14 et 15 morts pour les années 2017 et 2018, des nombres qui attestent non seulement que les violences policières entrainant la mort ont sensiblement augmenté ces dernières années, puisqu’à la comparaison avec ceux de StreetPress, il y aurait donc eu trois fois plus de morts sur les simples années 2017 et 2018 qui  durant les dix années qui les ont précédé.

Le nombre de blessés serait, également, fortement en hausse selon les chiffres avancés par le gouvernement, passant d’une estimation de 63 cas selon l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture sur la décennie 2005 – 2015 à une centaine chaque année dorénavant.

L’Observatoire des libertés publiques, lui, semble confirmer ce que les autres études non-officielles avancent au sujet du profil type des victimes de ces violences, à savoir des « jeunes issus des quartiers populaires, d’origine maghrébine ou d’Afrique Noire ». Rappelons que sur la centaine de blessés recensés par les études officielles, tous ne correspondent pas à ce profil.

Le « massacre » perpétré à l’encontre de tant de personnes d’origines étrangères quotidiennement, comme l’avançait Camélia Jordana, s’avère donc être complètement faux. Même en tenant compte du fait que toutes les victimes ne sont pas recensées, et même en imaginant que ce nombre de victimes soient toutes des personnes d’origine maghrébines ou d’Afrique Noire, nous sommes loin de pouvoir parler de « massacres ».

Une semaine d’étalage de scènes de violences policières (racistes ?)

Quelques rappels

En soutien aux quolibets les plus violents reçus par la chanteuse suite à sa prise de position et à la condamnation de ses propos par le ministre de l’Intérieur, de nombreux comptes publics sur les réseaux sociaux (profils Twitter et pages Facebook d’associations ou de simples regroupements de personnes militantes ou engagées) ont décidé de publier la semaine dernière un grand nombre de vidéos, se passant aussi bien en France qu’à l’étranger, présentant des arrestations violentes dirigées à l’encontre de personnes d’origines étrangères.

Il y a lieu ici, par honnêteté intellectuelle, de reconnaître deux choses :

  • De nombreuses études ont attesté que les personnes d’origines étrangères ont entre 15 et 20 plus de chances d’être contrôlées par la police en France.
  • Les individus, qu’importe leur origine ou leur couleur de peau, qui sont interpelés par les forces de l’ordre dans les vidéos régulièrement diffusées sur les réseaux sociaux, et qui sont prises le plus souvent par des passants, ne peuvent pas toutes être considérées comme victimes de violences policière. En effet, un certain nombre de ces vidéos, non négligeable, ne présente ni le contexte dans lequel les forces de l’ordre ont procédé à ces arrestations (est-ce des arrestations arbitraires, dont sont victimes des personnes innocentes de tout délit ?) ni les raisons poussant les policiers à employer la force (ces personnes ont-elles essayé de fuir ou de résister, en faisant eux aussi usage de la force, à l’interpellation ?).

S’il ne fait pas de doute, à la lecture de certaines vidéos, que l’interpellation procédée par les forces de l’ordre présente un degré de brutalité qui n’est pas absolument pas justifié, il faut néanmoins éviter de tomber dans une généralisation facile qui nous pousserait à croire tout usage de la force par les dépositaires de l’autorité publique serait injustifié.

La stratégie contestable de certains comptes sur les réseaux sociaux

Cette généralisation est hélas faite par beaucoup de personnes visionnant ces vidéos. Et ceux qui les publient n’y sont pas étrangers.

En effet, en décidant de ne publier que des vidéos présentant ce qui s’apparenteraient à des violences policières perpétrées sur des personnes d’origines étrangères, les administrateurs de ces comptes ; dont beaucoup sont engagés ou proches idéologiquement de mouvements (dont il n’est pas question ici de remettre en cause les raisons compréhensibles ou les bonnes intentions qui ont animé, du moins durant leurs genèses, leurs combats) connus pour leur virulence, tels que la vieille frange anarchiste de l’extrême-gauche, les représentants les plus farouches de l’indigénismes ou d’autres organisations qui se rapprochent d’une idéologie décoloniale à laquelle il conviendrait aujourd’hui pour certains d’ajouter le préfixe ultra ; laisse à penser au spectateur que la violence policière s’exerce seulement contre des personnes de couleur, ce qui est faux : les violences policières qui dépendent du racisme des policiers touche bien évidemment des personnes de couleur et non des personnes blanches, mais l’ensemble de ces violences, et fort heureusement pour tous ceux qui luttent contre le racisme ne sont d’inspiration purement raciste mais liées à des situations (contrôle de véhicule, arrestations de personnes en situation d’infraction) qui dégénèrent et où bien souvent, l’interpellé comme le policier vont tous deux se retrouver en tort, l’interpellé en refusant de se plier à la loi, en tentant de fuir ou en faisant lui aussi usage de violence, et le policier en outrepassant les droits qui sont les siens, y compris par des gestes tout aussi violents.

De plus, ces comptes jouent sur l’ambiguïté en présentant très succinctement la vidéo ou en n’hésitant pas à enchaîner de fausses allégations, de manière à présenter la scène qui va se passer comme une violence forcément raciste (encore une fois sans que l’on ne sache ce qui a provoqué la situation exposée), et surtout, en les présentant comme des contenus de prime fraicheur ou en omettant de préciser à quelle date la vidéo a été tourné, de façon à ce que le spectateur conclut que la succession d’images contenues dans ces vidéos se déroulent le jour même, agrémentant un sentiment d’accumulation de dégoût propice à renforcer la colère.

L’absence de vidéos similaires présentant des personnes blanches

Ainsi, ces comptes n’ont pas pris la peine de relayer les mêmes types de vidéo, aux arrestations toutes aussi brutales, mais où l’interpellé est une personne blanche, alors même que certaines d’entre elles étaient d’actualité quand beaucoup de celles qu’ils préféraient publier dataient de plusieurs semaines, plusieurs mois voire plusieurs années.

Malgré le caractère choquant de l’affaire, à l’exception de Rokhaya Diallo, journaliste et militante afroféministe et antiraciste notoire, la grande majorité des profils de militants contre les violences policières n’ont pas trouvé bon de s’indigner du traitement réservé à Gabriel, un jeune garçon de 14 ans, de type caucasien, qui a la semaine dernière été victime d’un plaquage au sol particulièrement violent de la part de plusieurs policiers (alors qu’il pèserait, selon les informations obtenues sur son cas, moins de 50 kilos) et dont on une photo diffusée en annexe de la vidéo de son interpellation présente le jeune homme avec une blessure à l’œil qui nous est qualifiée de « crevé » (information à confirmer, notre enquête n’a pu se renseigner sur la perte ou non du fonctionnement de cet œil, et si effectivement, il est obsolète, ce handicap est-il dû à la violence dont ont manifesté les forces de l’ordre à son encontre ou non).

De même, le violent gazage d’une équipe professorale violemment gazée publiée sur le web jeudi dernier, n’a pas l’objet d’une seule ligne pour la grande partie de ces pages, même celles spécialement dédiées aux vidéos exposant des supposées violences policières.

Une colère exacerbée par le meurtre raciste de George Floyd

Si les propos exprimés par Camélia Jordana étaient contredits par les chiffres, la semaine qui s’est écoulée ne pouvait pas plus mal tomber pour créer chez les internautes un sentiment de révulsion profonde face à l’accumulation de bavures policières.

Et la mort de George Floyd aux Etats-Unis, victime de policiers aux méthodes aussi cruelles que mortelles, n’a en rien arrangé la situation. En plus de susciter l’indignation légitime de la communauté noire en premier lieu, de tout être humain dénué du moindre atome raciste de façon plus générale, ce meurtre odieux, qui a poussé des milliers d’américains à manifester, a fini par embraser le pays après que Donald Trump a qualifié dimanche 31 ces manifestants de « groupes terroristes ».

De violentes émeutes secouent les Etats-Unis face au meurtre raciste de George Floyd

Que faire face aux violences policières ?

L’hypocrisie française ?

Sur les réseaux sociaux toujours, des milliers d’internautes ont réagi avec colère suite à la condamnation de l’ensemble du paysage médiatique français, et de leur reconnaissance du caractère raciste de la mort de George Floyd alors qu’ils ne se préoccuperaient pas des nombreux cas similaires à ce qu’il est arrivé à la victime américaine lorsqu’ils se déroulent en France.

Devant ce que beaucoup qualifient d’ « hypocrisie » de la France et appellent à réagir, notamment ce soir en se rendant à la porte de Clichy où aura lieu une manifestation organisée par Assia Traoré, militante connue contre les violences policières depuis la perte de son frère Adama, décédé suite à une interpellation il y a quatre ans, et alors que le collectif #JusticePourAdama se bat depuis tout ce temps pour faire reconnaître d’une part la responsabilité directe des policiers dans la mort du jeune homme, de l’autre, le caractère « raciste » de cet « assassinat ».

La caricature impute souvent à la France cette capacité de dénoncer les injustices et les défaillances des autres nations sans élaguer les mauvaises herbes qui poussent sur son sol. Il est toutefois à rappeler que la situation française en ce qui concerne les crimes policiers n’est que très peu comparable avec celle des Etats-Unis, où un nombre beaucoup plus important de personnes, innocentes ou non, se font tuer lors de contrôles de police ou d’interpellations de personnes de couleur.

Quelles solutions s’offrent à nous ?

Mais alors que la tension n’en finit pas de monter, que la division sur le sujet de la police ne cesse de se décupler (un petit jeu de mot médiocre ne faisant jamais de mal), existe-t-il des solutions à notre portée qui permettraient de lutter contre ces violences policières, les racistes, et celles qui ne le sont pas, ou allons-nous devoir attendre que la division en arrive à un tel point qu’au prochain drame de ce genre, qu’il soit réellement raciste ou simplement perçu comme tel, le peuple vienne à se soulever comme c’est le cas en ces heures partout aux USA ?

Premièrement, la mort récente de George Floyd a relancé le débat sur le droit des policiers de recourir à certaines techniques de plaquage consistant à presser le cou et l’épaule de l’interpellé avec la jambe (bien que c’est apparemment plus la durée inadmissible qu’a duré ce plaquage, de 8 minutes, que le plaquage en lui-même qui soit ici contestable), tout comme les nombreux yeux perdus par les Gilets Jaunes avaient posé la question de l’interdiction du flash-ball. Une interrogation doit être menée pour savoir quels alternatives à ces techniques et à ces armes existent et parmi elles, lesquelles seraient les plus à même de les remplacer en permettant à la fois à la police de faire correctement son travail et aux citoyens de ne pas risquer de finir infirme ou de mourir.

A de multiples reprises a été émise l’idée que des récépissés soient remis par la police aux personnes qu’elles contrôlent, afin de lutter contre les discriminations au faciès, qui voient des personnes de couleur se faire contrôler plusieurs fois par jour. Suite à l’affaire Théo, le Défenseur des Droits Jacques Toubon, ancien Ministre de la Justice de Jacques Chirac, prônait l’expérimentation, en lieu et place d’un récépissé, de la remise d’une attestation nominative à chaque contrôle, avec un double anonyme, contenant entres autres informations (date, lieu, heure…) les voies de recours si le contrôle se déroulait dans des conditions illégales. Ce projet, s’il n’endiguerait en rien que dégénèrent des situations d’interpellations faisant suite à un flagrant délit d’infraction, aurait au moins le mérite d’éviter, s’il interdit par exemple à la police de contrôler une nouvelle fois quelqu’un qui aurait déjà subi un contrôle durant une durée choisie (par exemple, les trois heures suivant le premier contrôle), que des citoyens las de subir de multiples contrôles puissent finir par adopter un comportement hostile envers les forces de l’ordre, qui pourrait dégénérer à son tour.

Autre piste possible évoquée ces dernières années, l’obligation pour les policiers d’actionner une caméra intégrée à leurs uniformes lors de contrôles ou d’arrestations.

Pour ce qui concerne les accusations de mollesse dans les sanctions prises à l’encontre des agents en tort de la part de l’IGPN, cherché de contrôler le respect par les forces de l’ordre de la loi et de leurs obligations envers les usagers, il pourrait être judicieux d’envisager la création d’un conseil de contrôle et de transparence du bon fonctionnement de la fonction policière, réunissant divers acteurs (politiques, médico-psychologiques, sociaux, associatifs) de la vie publique afin d’avoir un droit de regard et de recours sur certaines décisions de l’IGPN, dans l’intérêt des citoyens mais également des policier eux-mêmes (pour ce qui attrait par exemple aux conditions de travail difficiles dans lesquelles ils évoluent, à la pression et au harcèlement qu’ils peuvent subir sur les lieux de travail, des ordres contradictoires ou contraires à la législation qu’ils pourraient recevoir, ou encore pour repérer les policiers les plus susceptibles de « craquer », aussi bien psychologiquement que physiquement, et leur proposer des solutions d’accompagnement). Ce conseil pourrait avoir la possibilité, comme tout français, via un rapporteur, de présenter au Parlement diverses mesures qu’il lui semblerait utile d’être étudiés par les élus parlementaires.

Enfin, couplé à l’obligation pour les policiers de filmer leurs échanges avec les citoyens et la remise d’une attestation à l’issue de chaque contrôle, il pourrait être envisagé une évolution du dispositif déjà existant de saisie de l’IGPN par les citoyens suite à des manquements ou des abus de la part des policiers face à leurs prérogatives, afin de permettre à ce que soit saisis automatiquement tant l’IGPN que cet organe de contrôle et de transparence, et qui offrirait à tous ces témoins qui filment avec leurs téléphones les scènes de violences de joindre ces scènes à leur signalement plutôt que de se précipiter sur les réseaux sociaux, où ces vidéos n’ont pas grand-chose à y faire.

Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier également que les policiers sont eux aussi victimes de violences et de conditions de travail parmi les plus difficiles, et qu’il serait grand temps que le gouvernement agisse, au-delà de simples augmentations de salaires, réclamées depuis des années, avec plus de fermeté, à l’encontre de toutes les personnes qui s’en prennent quotidiennement aux forces de l’ordre, que ce soit par le renforcement des condamnations à des travaux d’intérêt général et une augmentation du montant des amendes, à la suspension partielle ou complète (temporaire), selon le degré de gravité de l’agression commise, du versement des prestations sociales, ou des allocations familiales aux parents de l’agresseur si celui-ci est mineur, à l’obligation de participer à l’organisation, via notamment les dispositifs de CLSPD (Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance), à des obligations de trouver dans un certain délai de temps, sous peine de reconduite des suspensions venant d’être évoquées, un travail ou une formation pour ceux qui ne suivent aucun cursus et n’ont pas d’activité professionnelle et à la participation à des activités de sensibilisation des mineurs, ou encore à un meilleur contrôle de la bonne application des peines.  

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