L’édito du 1er Septembre: Une sortie islamophobe ?

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L’édito du 1er septembre 2019, portant sur la polémique qui a fait suite au discours tenu par le philosophe Henri Pena-Ruiz, qualifié d’islamophobe lors des universités d’été de la France Insoumise.

par Live A. Jéjé

De l’histoire des divisions de parti

L’on savait depuis longtemps que la France Insoumise était divisée, à l’instar de nombre de partis français : à l’extrême-droite, les Marions, libéraux et les Marines, plus axés sur les dérives du grand capital et les minimas sociaux (des français de souche bien sûr…). Les guerres fratricides de la droite républicaine, de Chirac face à Pasqua et Séguin sur Maastricht puis trahi par Balladur en amont de l’élection présidentielle de 1995, qu’il gagnera finalement, éliminant le dit Balladur, premier ministre sortant de la seconde cohabitation. En 2012, le duel Copé / Fillon, au moment où il fallait reprendre les rennes de l’UMP après la défaite du président vaincu Sarkozy. Les épiques duels des socialistes, de la haine féroce entre Mitterrand et Rocard à l’affrontement Aubry / Royal pour le poste de premier Secrétaire qui se solda par une victoire d’Aubry au terme d’une élection ternie par des suspicions de fraude, que Ségolène Royal ne parviendra pas à prouver.

Deux courants se dégagent au sein de l’ex-Front de gauche, où le tonitruant Mélenchon se fait de plus en plus discret. Les Corbières, Garrido et autres Quatennens d’un côté, résolus à prioriser l’urgence social face aux sympathisants des mouvances indigénistes et décoloniales que sont Clémentine Autain ou Danièle Obono qui mettent sur la table les questions identitaires et intersectionnelles que posent depuis quinze ans l’indigénisme politique. Bien qu’il n’y ait pas, à la connaissance du grand public, de faille nettement prononcée au sein du mouvement qui s’est hissé à la quatrième place au premier tour de la dernière présidentielle, avec pas moins de 19 % des suffrages exprimés, juste un peu moins que le paquebot des Républicains en plein naufrage, son capitaine Fillon accablé de toutes parts, distribuant des costumes reçus en cadeau telles des bouées de sauvetage de l’équipage qu’étaient les ambitieux cadres de la partie de l’échiquier politique restée le plus longtemps au pouvoir sous la 5e République, et qui ne jouent aujourd’hui plus des coudes pour prendre la succession de Wauquiez à la barre.

L’intervention « islamophobe » d’Henri Pena-Ruiz

Henri Pena-Ruiz

C’est au cours des récentes université d’été de la France Insoumise que l’entaille s’est pour la première fois démarquée, à la suite des propos du philosophe Henri Pena-Ruiz, invité par le mouvement, dont voici la retranscription :

Le racisme, qu’est-ce que c’est ? Mise au point : c’est la mise en question des personnes pour ce qu’elles sont. Mais ce n’est pas la mise en question de la religion. On a le droit, disait le regretté Charb, disait mon ami Stéphane Charbonnier, assassiné par les frères Kouachi en janvier 2015. On a le droit d’être athéophobe comme on a le droit d’être islamophobe. En revanche, on n’a pas le droit de rejeter des hommes ou des femmes parce qu’ils sont musulmans. Le racisme, et ne dévions jamais de cette définition sinon nous affaiblirons la lutte antiraciste, le racisme c’est la mise en cause d’un peuple ou d’un homme ou d’une femme comme tel. Le racisme antimusulman est un délit. La critique de l’islam, la critique du catholicisme, la critique de l’humanisme athée n’en est pas un. On a le droit d’être athéophobe, comme on a le droit d’être islamophobe, comme on a le droit d’être cathophobe. En revanche, on n’a pas le droit d’être homophobe, pourquoi ? Parce que le rejet des homosexuels vise les personnes. On rejette des gens pour ce qu’ils sont, et là on n’a pas le droit de le faire. Le rejet ne peut porter que sur ce qu’on fait et non pas sur ce qu’on est. 

Une polémique jusqu’au sein de la majorité

Le morceau de phrase « droit d’être islamophobe », totalement décontextualisée, a rapidement provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, les habituels ânes de la pensée, en toute malhonnêteté intellectuelle, ne prenant la peine de citer le passage en entier et donc de s’interroger sur sa cohérence dans l’argument développé.

Clémentine Autain ou encore Majid Messaoudene entre autres Insoumis, ont souligné l’impossibilité d’employer le terme d’islamophobie sans prendre en compte la connotation antimusulmane qui y est engluée, dans une société française toujours endeuillée des attentats de 2015, attaques qui n’ont fait que renforcer le taux d’actes antimusulmans et la stigmatisation des croyants, tandis que d’autres élus, comme Danielle Simonnet s’indignent de la manipulation d’une partie du discours de Pena-Ruiz afin de l’accuser de racisme.

La majorité présidentielle a elle aussi eu des réactions diverses, jusque dans le gouvernement. Julien Denormandie, ministre du Logement, condamne le propos du philosophe, tout en précisant que ce dernier n’avait pas d’intention de défendre les discriminations contre les musulmans et confirme que l’on n’a pas le droit d’être islamophobe.

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Marlène Schiappa, quant à elle, bien qu’elle prenne également la précaution d’assurer qu’elle n’est pas en accord avec Pena-Ruiz, a rappelé l’importance et la qualité du travail de l’auteur sur la défense de la laïcité.

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Un propos véritablement islamophobe ?

A la lecture du propos de Pena-Ruiz, il n’y a pas le moindre sous-entendu. Sa pensée est limpide : il désigne, par le terme « islamophobie », le droit d’un individu à adopter, quant aux préceptes de la religion musulmane, un discours critique, voire même véhément, droit qui n’autorise toutefois personne, conformément à ce que préconise la législation française, à discriminer un musulman parce qu’il est de cette obédience. Il différencie donc, à la différence d’Autain ou de Denormandie, la défiance face à une religion du rejet essentialiste de la personne qui la pratique.

Et le parallèle que développe Pena-Ruiz dans son intervention avec l’homophobie, confirme cette distinction, que Pena-Ruiz n’a cessé de répéter pour se défendre des accusations d’islamophobie, et donc le non-fondement de ces accusations. En effet, il illustre qu’à l’inverse des musulmans, qui croient en une philosophie mystique, au sein de laquelle ils sont généralement élevés dès l’enfance ou s’y convertissent, et dont ils sont libres de s’affranchir au cours de leur vie, un homosexuel ne pouvant choisir son orientation, la « subissant » pour maintes personnes dans certaines régions du monde où l’homosexualité est encore pénalisée, l’homophobie ne repose pas sur un dogme. Elle est intrinsèquement reliée au pratiquant. Elle ne peut désigner que la condamnation ou le rejet de l’homosexuel.

Les trois sens de l’islamophobie

Le seul mérite que cette énième politique pour le moins futile réside dans le questionnement légitime de la notion d’islamophobie. Car si Pena-Ruiz n’avait aucunement l’intention de défendre en quelque matière que ce soit la haine et les discriminations que subissent les musulmans, on ne peut nier, comme l’affirme entre autres Clémentine Autain (ou encore Jean-Luc Mélenchon en 2015) avant elle, que le terme d’islamophobie est galvaudé et renvoie à la communauté musulmane. Et ce, parce que l’islamophobie est un terme général, banalisé, usité pour désigner plusieurs attitudes différentes :

  • Le recul critique et le combat de certains fondements ou recommandations de l’Islam
  • La peur de l’Islam dans son aspiration, comme le christianisme et le judaïsme, à régenter une société (à distancier des rites attrayant aux obligations que la religion impose aux croyants)
  • La stigmatisation et le rejet des musulmans

Les dictionnaires Larousse et Robert englobent ces trois attitudes sous une définition peu clairvoyante : « hostilité à l’égard de l’islam et des musulmans ». Une définition qui ne prend pas en compte la complexité des arguments qui peuvent intervenir au cours d’un débat.

Pena-Ruiz, en considérant l’islamophobie uniquement comme la critique de certains préceptes de l’Islam, adopte la même philosophie que son ami Charb, qu’il mentionne, défunt patron de la rédaction de Charlie Hebdo, décédé lors des attentats du 7 Janvier 2015. Une interprétation elle-même controversée, et dénoncée par certains croyants, qui ressentent dans la critique d’un ou de plusieurs aspects de l’Islam un sentiment de rejet et de discrimination.

Le terme « islamophobe » est donc objet à confusion, et sa définition est un argument de discorde et d’accusation entre les nombreux polémistes qui s’expriment au sein des médias. Des penseurs comme Eric Zemmour ou Caroline Fourest sont accusés de noyer le poisson d’un supposé rejet de musulmans derrière l’excuse de l’attitude de critique d’une religion, et non de ses pratiquants.

D’autres personnes encore, comme la comédienne Véronique Genest, ont provoqué de vives polémiques, en revendiquant être islamophobes au sens étymologique du terme, c’est-à-dire la peur des préceptes de la religion musulmane (la « phobie » de l’Islam) dans une société qui ne serait régie par le principe de laïcité. Un pont de vue qui fut contesté et condamné, c’est intéressant de le noter, par la logique même de la comparaison avec l’homophobie dont Pena-Ruiz s’est servie d’exemple pour étayer son propos et qui l’exonère du soupçon d’intolérance envers les musulmans. Si effectivement, le terme d’islamophobie désigne, dans sa forme étymologique pure, la peur de l’Islam, l’homophobie pourrait se traduire littéralement « la peur de l’homosexualité ».

Toutefois, l’homophobie désigne la haine, l’attitude discriminante envers les homosexuels. Apparaît donc ici une incohérence sémantique, qui relève plus de la faute de nos politiques, intellectuels, sociologues, philosophes à n’avoir jamais pris la peine de définir clairement la différence entre la critique de l’Islam, qui est tout à fait légitime, que l’on soit athée ou croyant (même musulman) et la stigmatisation ainsi que les discriminations à l’encontre des individus de confession musulmane. Ne serait-il pas, pour enfin réduire à néant ces procès en intolérance intentés pour le moindre mot, bénéfique de distinguer les différentes définitions que la notion d’islamophobie a fini par revêtir au fil des années, quitte à employer des néologismes.

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