Le Debrief TV: Une femme en burqa dans Balance ton post

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Comprendre pourquoi certaines femmes portent la burqa tout en soutenant son interdiction ?

par Live A. Jéjé

Vendredi soir, le public a pu assister, lors du 4e numéro de Balance ton post sur C8, a un débat tendu sur le port de la burqa. 

Un format efficace

C’est la nouveauté de C8 de la rentrée médiatique. Tous les vendredis, en seconde partie de soirée, Cyril Hanouna et une bande de chroniqueurs hétéroclites (Agathe Auproux, Christine Kelly, Eric Naulleau, Bernard Laporte, Doc Gyneco entre autres) débattent de sujets de société qui font l’actualité. L’émission se démarque de nombre de ses consoeures, soporifiques et fadasses, de par un fonctionnement simple mais efficace: le « pour » ou « contre« . Les chroniqueurs débattent alors que des intervenants, généralement un représentant le « pour » et un autre l’opposition, viennent témoigner en plateau.

Lors du dernier numéro du vendredi 12 Octobre, nous avons ainsi pu voir Arthur, le jeune homme malvoyant agressé par des employés d’un Monoprix marseillais parce qu’il refusait de se séparer de son chien-guide, divers débats sur l’écologie (en présence d’une membre du gouvernement), l’IVG (suite aux propos récents du Pape François) ou encore, lors de la dernière séquence de l’émission, aux témoignages de français ayant une sexualité atypique (avec sur le plateau une dominatrice, un couple échangiste, un fétichiste des baskets et une exhibitionniste).

C’est toutefois lors d’un débat portant sur l’interdiction du port de la burqa que s’est concentrée une bonne partie de l’émission.

Malaise sur la burqa

Un contexte français remis en cause

Selon la législation de 2010 relative au port de la burqa au sein de l’espace public, la France pénalise les femmes ayant recours à cette tenue traditionnelle, rapprochée à l’Islam radical. Plusieurs autres pays européens et africains ont légiféré sur la question depuis et également prohibé le port de cette tenue.

Ces derniers jours, la question du voile intégrale a été remise sur la table, suite à l’arrestation de Rédoine Faïd, après des mois de cavale, interpellé alors qu’il revêtait une burqa lors de ses déplacements. Nombre de commentaires s’étaient alors insurgés de savoir comment le criminel le plus recherché de France avait-il pu échapper si longtemps à la justice alors que la police est tenue de verbaliser toute personne portant la burqa sur le territoire.

C’est avec stupéfaction que nous apprenions cette semaine que l’ONU, via son Comité des droits de l’homme, traitant de toutes les questions inhérentes à la défense des droits des individus, a remit en cause la législation française, qu’elle a qualifié de « discriminatoire » et d’atteinte à la « liberté religieuse« . Comme ce fut rappelé par Eric Revel comme Christine Kelly sur le plateau de l’émission, le Comité des droits de l’homme ne dispose d’aucune prérogative réelle et ne prend pas en compte les systèmes étatiques et les histoires et traditions culturelles des nations.

Une quasi-unanimité sur le plateau

L’animateur a donc réuni pour l’occasion sur son plateau Fathia Boyer, présidente départementale de l’association Ni putes ni soumises en Seine-Maritime, ainsi que Mélissa, une jeune femme venue en burqa s’exprimer sur les raisons qui l’ont poussé à se draper quasi-quotidiennement de ce vêtement. Son témoignage dresse le portrait d’une femme mesurée, loin du cliché de la femme soumise à un mari intégriste, qui aurait à l’en croire décidé librement de recourir au voile intégral, parce qu’elle se sentirait « plus à l’aise » et « moins harcelée » grâce à son affublement, et demandant juste la même tolérance dont elle fait preuve à l’égard des autres.

balance ton post 12 Octobre Burqa
L’équipe de chroniqueurs de l’émission

L’opinion fut quasi-unanime sur le plateau. Tous les chroniqueurs, à l’exception d’Agathe Auproux se sont prononcés contre le port du voile intégral, qu’ils considèrent tous comme une régression de la condition de la femme et l’apologie d’une idéologie que la France ne peut accepter tant elle paraît arriérée. Toutefois, les raisons précises pour lesquelles ils ont affiché leur opposition ne se rejoignaient pas toutes.

Ainsi, Christine Kelly a rappelé à Mélissa que sous le prétexte de trouver plus d’aisance avec la burqa, elle enfreignait la loi. L’argumentaire est cependant contestable. Si chaque citoyen français est tenu de respecter les lois de son pays, il peut aussi se trouver en désaccord avec ces dernières et le signifier de diverses manières, plus ou moins morales et pertinentes, que ce soit par la provocation, en l’enfreignant, comme le fait l’intervenante au quotidien, ou par le militantisme. D’où l’intérêt d’explorer plus en détails les commentaires de chaque intervenant.

Sécurité vs Religion ?

Cyril Hanouna, Bernard Laporte et Eric Naulleau ont insisté sur l’aspect de sécurité publique qu’englobe la loi et qui fut l’une des raisons principales pour laquelle elle fut adoptée, et soutenue par une partie de l’opposition législative de l’époque (de gauche), ce qui est difficilement contestable : en effet, apparaître à visage découvert dans l’espace public et vêtu d’atours ne permettant pas de cacher une quelconque arme est compréhensible. La jeune Mélissa a elle-même admis, à demi-mots, que le port de la burqa était incompatible avec ces minimas, avant de répéter l’argument souvent usité depuis trois ans par les défenseurs du niqab, à savoir qu’aucun des terroristes ayant commis des attaques, au nom d’Allah, en France, n’avaient le visage recouvert.

Karim Zéribi et le Youtubeur Ramous se sont pour leur part focalisés sur l’aspect faussement religieux du vêtement, le premier rappelant à raison (ce qui avait été un argument de défense du projet de loi en 2010) qu’aucun verset du Coran ne préconise son port et le second évoquant la tendance moderne de sa diffusion à travers le monde. Ils ont été rejoints en ce sens par Fathia Boyer, qui souligna qu’à l’heure où des citoyennes françaises choisissent, en toute illégalité de s’accoutrer de cette tenue, des milliers d’autres femmes, dans le monde arabe, se battaient, en toute illégalité là-aussi, pour obtenir le droit de ne pas se voir forcées de la porter.

Doit-on remettre en cause la loi ?

Le sujet apparaît plus complexe encore qu’à l’époque des débats sur son encadrement futur. S’y mêlent une question légitime de sécurité publique, des principes de libertés individuelles que l’on ne peut balayer d’un revers de manche, une notion de progressisme, elle-même reliée au féminisme, et des interprétations religieuses, qui si elles apparaissent fallacieuses puisque cette étoffe n’est en vérité pas prescrite par la religion musulmane, s’est pourtant délavée par la connotation cléricale que l’intégrisme en a fait.

Principes des libertés individuelles

Pour quelles raisons l’interdiction du port de la burqa est-il nécessaire ?

Si l’on se base sur la notion de la liberté individuelle, l’on peut se demander au nom de quoi l’on condamnerait une personne telle que Mélissa, dont le choix semble n’être qu’une question d’ordre personnelle, pas même reliée à sa obédience ou à un militantisme pour telle frange politisée de l’Islam ? D’un point de vue purement théorique, cela paraît difficile, voire liberticide, autant pour son cas que pour celles qui ont décidé de le porter parce qu’elles adhèrent à des doctrines intégristes, qui si elles vont à l’encontre de toutes les valeurs de notre société, représentent des courants de pensée qu’interdire relèverait d’une entrave aux droits fondamentaux de chacun.

Sur cette logique, l’on peut même établir, de par une réflexion miroir, une comparaison symétrique entre les femmes ayant adhéré à la dissimulation de leurs corps sous cet ensemble à la pratique naturiste, qui est légalement encadrée afin que ceux qui souhaitent se débarrasser de leurs vêtements puissent le faire dans des espaces délimités. Ce serait toutefois s’engouffrer dans une brèche des plus dangereuses. Certaine(s) défenseurs du port du voile intégral pourraient réclamer, par souci de logique, et pour éviter le « deux poids, deux mesures« , la création de mêmes espaces délimités où les femmes en burqa pourraient se réunir.

Une telle idée serait mauvaise et ne favoriserait que la stigmatisation des musulmans d’un côté, aux vues de la mouvance islamophobe actuelle (à cause de cette fausse connotation du niqab et de la burqa à l’Islam, là où elle devrait être rapprochée uniquement de l’Islamisme radical) et le communautarisme de l’autre.

Le principe de responsabilité

Si l’on peut reconnaître la volonté, sans y consentir personnellement, de s’habiller de la façon dont l’on souhaite, pour des questions d’ordre libertaires, chaque citoyen jouit d’autant de droits que de devoirs, et ceux-ci sont encadrés par la justice française.

C’est alors bien l’argument sécuritaire qui semble l’emporter, avant toutes choses, au sein de ce débat. De la même manière qu’il est interdit de se déplacer nu dans l’espace public, l’on ne peut tolérer, et l’exemple de Rédoine Faïd le prouve, que des individus puissent librement se mouvoir en burqa dans ce même espace.

L’on peut soupçonner que la législation de 2010 ait été motivée par une séquence de défiance et de stigmatisation vis-à-vis de l’Islam, quelques mois après le stérile débat sur l‘identité nationale initiée en 2009 et suivi l’année suivante par le Discours de Grenoble, véritable point de rupture entre le président Sarkozy et une partie non négligeable de son électorat. Néanmoins, la nécessité de garantir la sécurité de chaque français rendait la loi nécessaire.

Chaque enseignant, éducateur, animateur ayant sous sa responsabilité des mineurs doit pouvoir formellement identifier que la personne qui vient le récupérer à la sortie de l’école ou d’une quelconque activité sportive ou extra-scolaire soit bien celle qui a autorité sur l’enfant en question, que ce soit la mère ou la personne désignée par cette dernière pour ramener l’enfant à son domicile. Chaque vigile ou responsable de la sécurité d’un espace public doit être assuré qu’aucune arme ne puisse être cachée sous l’affublement des personnes qui le fréquente.

La notion progressiste

Ce qui apparaît le plus frappant au coeur de cette remise en question par l’ONU de la prohibition du port du voile intégral, ce sont les raisons « discriminatoires » qu’elle avance. L’ONU, en parlant de « liberté religieuse » a commis l’amalgame « Burqa = Islam«  et n’a à ce titre aucune leçon à faire à la France, dont les valeurs de sa République ne peuvent tolérer qu’elle commette ce même raccourci, qui serait une insulte aux millions de musulmans qui vivent sur son territoire.

De plus, l’incompatibilité déjà relevée pour la société française d’accepter sur son sol un intégrisme totalement contradictoire avec ses valeurs, est démultiplié de par l’idéologie régressive, fasciste et misogyne que l’Islamisme radical tend à répandre.

La notion féministe

Enfin, il apparaît particulièrement ardu de pouvoir prétendre qui a recours au voile intégral, comme Mélissa, de son propre chef, ou parce qu’elles y ont été contraintes par un contexte marital ou familial. L’on ne rappellera pas ici en quoi le port de la burqa est symbolique d’une misogynie et d’un sexisme intolérable.

Peu de femmes parmi celles qui portent la burqa sont dans le cas de Mélissa, qui l’a adopté pour des considérations d’ordre privé, voire psychologique (puisqu’elle souligne un sentiment de malaise d’être visible à visage découvert). La plupart n’ont pas eu la possibilité d’entamer une propre réflexion sur le sujet et se retrouvent soumises à la doctrine arriérée intrinsèque à cette tenue. Cela constitue une raison supplémentaire, s’il en fallait, de légitimer la loi de 2010.

Au regard de tous ces arguments, la nécessité d’interdire le port du voile intégral est primordiale dans notre société, même si tout à chacun se doit de tolérer également, sans admettre son exécution, pour des raisons de sécurité élémentaires, la volonté de certaines femmes à se draper de cet habit.

Live A. Jéjé

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