La Tribune – Les forces de l’ordre et les discriminations

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Une nouvelle tribune du Supplément Enragé sur le sujet sensible, après une année 2020 marquée par des affaires retentissantes d’accusations contre les forces de l’ordre, de leur rapport avec les discriminations.

par Stanislas Montamat

Qu’est-ce que la discrimination ? Ce serait “un traitement défavorable reposant sur des critères illégitimes”. De cette définition, il est possible de qualifier certaines procédures ou certains gestes, de la part des forces de l’ordre, de discriminants: pour ne citer qu’eux, les fouilles et contrôles d’identité répétés et injustifiés suscités par le seul biais de critères physiques et donc de préjugés. De ces formes de discrimination découle le profilage racial : on part d’un critère racial pour décider d’une action, ce qu’on nomme plus communément en France “contrôle au faciès”. Les études sociologiques sur le sujet ne se sont intensifiées que vers la fin des années 90,  car avant, il était impossible d’établir avec certitude que la discrimination raciale existait. Didier Fassin, un anthropologue et sociologue français dans s’est penché, dans l’un de ses écrits, au sujet de cette problématique. Par le biais d’exemples factuels,  observés, il met en lumière dans son livre le racisme existant au sein d’une brigade de la BAC. Il a été témoin dans les locaux de la BAC de conversations racistes, malgré des dénégations répétées de policiers. Ces propos ont été confirmés par le journaliste Valentin Gendrot, auteur du livre “FLIC”, récit d’une insertion de 6 mois dans un commissariat du 19ème arrondissement de Paris.

Le racisme d’une unité de la BAC

Afin de comprendre les comportements racistes de cette unité de la BAC, plusieurs exemples, caricaturaux, de l’expression de ces discriminations ont été observés par Didier Fassin. Que se soit dans la voiture de service de l’unité ou au commissariat, ils énoncent de multiples remarques racistes entre eux, de façon banale et en rigolant. Leur hiérarchie restent silencieux face à ces abus et va, dans une certaine mesure, même les encourage, favorisant la promotion des plus vindicatifs. Pour eux, dans la police, le racisme est moins présent qu’ailleurs. “C’est comme dans tous les métiers”. Afin de “prouver” qu’ils ne sont pas racistes, ils parlent de leur  « ami africain” de leur « femme qui est arabe”. Les policiers jugent qu’il n’y a rien à faire dans les quartiers où il n’y aurait ni noirs ni arabes car il n’y aurait pas de problèmes. Et si des blancs sont la source d’ennuis, c’est qu’ils sont influencés par des “arabes”. Ainsi, la bac va se rendre dans les quartiers où la disparité ethnique se fait moindre, dans les quartiers présumés sensibles et les centres villes animés afin de trouver quelqu’un à contrôler et/ou à ramener au poste. Ils vont réaliser des contrôles à répétition selon l’origine des usagers (africaine,  maghrébine…) et faire des fouilles sans la moindre raison valable. Ils vont chercher à piéger, chercher l’erreur, quand ils n’ont rien à se mettre sous la dent et vont être intransigeants avec le moindre faux pas, n’attendant que ça pour en embarquer un. Tout cela guidé par la politique du chiffre mise en place par Nicolas Sarkozy, qui conditionne le nombre d’interpellations et incite les agents à se commettre dans une démarche irrationnelle, due à un résultat attendu de la part des supérieurs de cette brigade. Ils proclament respecter la loi et ne faire que l’appliquer alors qu’ils décident de contrôler tel ou tel individu sans raisons légitimes et valables. Ils peuvent même se considérer comme victimes car ils doivent souvent  justifier leurs interpellations. En somme, de façon purement factuelle, après une courte observation d’une journée de travail, on constate que 10 personnes ont été interpellées, toutes faisant partie des minorités françaises (origines turques, africaines…) et sur les 10, 2 ont été embarquées au poste. Les délits mineurs (véhicule non assuré mais à l’arrêt, et l’autre étant “sans papiers”) reprochés à ces deux personnes ne justifient pas leur interpellation. Assurément, ils n’avait à la base aucune raison de les interpeller même si la fin semble confirmer leur “intuition”.

De multiples variables cherchent à remettre en cause l’idée de discrimination raciale au sein des forces de l’ordre

Le rôle des forces de l’ordre est de faire respecter la loi. Intervenir dans des moments où quelqu’un commet une infraction, adopte un comportement agressif, par exemple. Cela étant, il est impossible de reprocher aux policiers d’intervenir. Et en aucun cas il n’est question de discrimination raciale dans l’acte en lui même. Et ce, peu importe la couleur de peau, ou les origines du potentiel contrôlé, le policier arrête avant tout un délinquant, avec un comportement jugé déviant. Par ailleurs, une étude britannique amène une autre variable qui floute et rend objectivable le fait qu’un acte soit jugé discriminatoire et raciste. En effet, lorsqu’on se rend dans certains quartiers, les minorités sont prédominantes.  Lorsqu’ils vont contrôler des personnes de « type africain » dans un quartier, rien ne dit que cet acte soit fondé sur une pensée raciste et discriminante. Cela étant, il est important de préciser le fait que le modèle anglo-saxon était assez communautaire, et que cette concentration de personnes issues des « minorités » dans certains quartiers en France fait qu’on peut valider dans ce cas précis l’étude anglaise. Ainsi, malgré de multiples variables, quelques exemples permettent quand même de mettre en avant la discrimination raciale chez ces policiers de la BAC. Comme le dernier exemple énoncé par Fassin, où, prenant en flagrant délit des jeunes blancs sans casque sur un scooter, ils vont les contrôler, les sermonner et les laisser repartir chez eux avec un simple avertissement oral, tandis qu’un délit similaire constaté sur des minorités se serait sans doute soldé avec un peu moins de bienveillance. Ce dernier exemple illustre incontestablement une discrimination raciale et identitaire de la part de ce groupe de la bac. En somme, malgré des critères socio-économiques et environnementaux, comme le quartier, ou encore le comportement, etc., la discrimination et le racisme n’en reste pas moins présent et indéniable, bien que la notion de discrimination ne soit pas toujours simple à identifier.

Le caractère raciste d’une partie de cette unité de la Bac se manifeste lors d’interventions illégitimes, de contrôle au faciès sans qu’il y ait trouble à l’ordre public, non-respect du code de la route etc… La seule justification de ce contrôle est la couleur de peau de l’interpellé. Ainsi, bien que cette enquête réalisée par Didier Fassin ne soit pas représentative de l’ensemble des forces de l’ordre, elle n’en reste pas moins vraie. Un constat partagé par le journaliste Valentin Gendrot qui dans une interview admet que 5 ou 6 agents des forces de l’ordre qu’il a côtoyé ne devraient pas être autorisés à exercer ce métier car ayant recours à des actes violents, racistes, allant même jusqu’à la falsification des procès verbaux afin de couvrir leurs agissements.

Sources
  • Photo de couverture: Radio-France, Clémentine Sabrié

 

 

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