Les Enquêtes du Supplément – Politique, élections, Covid-19: quels défis ?

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Une nouvelle enquête du Supplément Enragé du mercredi 17 février 2021 sur la future élection présidentielle et les conséquences que la pandémie de Covid-19 auront sur cette échéance politique. 

par Alexandra Marchand

La liste des conséquences de la Covid-19 est longue : sanitaires, économiques, sociales, mais pas seulement. Elle porte également des conséquences politiques. À quinze mois des élections présidentielles de 2022, la compétition est ouverte Dans un contexte politique, économique, et social très sensible, Emmanuel Macron est en position de danger et joue la carte de la prudence. En pleine pandémie, le président de la République ne fait pas d’annonce officielle et laisse planer le doute sur une potentielle nouvelle candidature aux élections présidentielles de 2022.

Une remise en question de la politique gouvernementale

Le 27 janvier 2021, l’opposition attaque les élus de la majorité parlementaire comparant leur action, selon Damien Abad, président des députés du groupe Les Républicains, de « naufrage démocratique », suite à la dissolution de la Mission d’information parlementaire sur la crise sanitaire. Depuis l’arrivée de la Covid-19 sur le territoire français, la majorité est accusée de ne pas laisser la parole à l’opposition. Ce dispositif mis en place en mars 2020 fait office d‘instance spécialisée ayant les mêmes privilèges qu’une commission denquête. 75 personnes ont été entendues au sujet de la gestion de crise sanitaire et un rapport à été rendu public en juin 2020, puis une seconde fois en décembre. La forme de ce rapport est cependant hautement critiquée, définie comme « partiel et partial » et accusée d’être une façon de masquer une politique hasardeuse. Le 2 décembre 2020, Éric Ciotti, rapporteur de la mission d’information parlementaire sur la crise sanitaire publie les conclusions du rapport et dénonce un manque d’anticipation des autorités sanitaires, ainsi qu’un défaut de gouvernance durant la crise. La majorité se défend en accusant les Républicains d’une mise en scène, et le député de la Loire de la République en Marche, Julien Borowczyk se justifie dans Le Monde : « Si nous voulions museler l’opposition, nous aurions voté contre la publication du rapport d’Éric Ciotti ».

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Le président Emmanuel Macron lors d’un Conseil de défense à l’Elysée avec le ministre de la Santé Olivier Veran, le 12 novembre 2020 à Paris. (©POOL/AFP/Archives/Thibault Camus)

Un “comité secret”

Du côté de l’opposition, le premier candidat déclaré aux élections présidentielles est Jean-Luc Mélenchon. Le président de la France insoumise annonce le 8 novembre 2020 pour la troisième fois sa candidature présidentielle et se positionne comme le leader de la gauche en démarrant sa campagne virtuelle. Reprenant les bases de son programme de 2017 « Lavenir en commun », il plaide l’instauration d’une VI e République. Il critique la gestion de crise et dénonce le rôle attribué au Conseil de défense qu’il qualifie de « comité secret ». Depuis le début de la crise sanitaire, ces conseils de défense sont des outils permettant une adaptation rapide et efficace à la gestion de la crise. Cette instance, prévue par l’article 15 de la Constitution est orchestrée par le Chef de l’État, et présente l’avantage d’être arbitrée par le secret-défense, permettant une confidentialité totale des décisions prises. Cet organisme est hautement critiqué et dénoncé par les parlementaires, exclus des prises de décision. Portant un rôle de consultants, cela engendre une remise en question de la démocratie au sein du gouvernement Français.

Des candidats motivés…

Le 4 décembre 2020 dans une interview accordée au média en ligne Brut, Emmanuel Macron est resté énigmatique sur les élections présidentielles de 2022 et a déclaré :

Peut-être que je ne pourrais pas être candidat. Peut-être que je devrais faire des choses dans la dernière année, dans les derniers mois, dures parce que les circonstances l’exigeront et qui rendront impossible le fait que je puisse être candidat.

D’autres candidats démarrent leurs campagnes électorales en vocalisant avec motivation leurs opinions sur la gestion de la crise de la Covid-19. L’ambiguïté autour du discours d’Emmanuel Macron sur sa potentielle candidature accentue la peur des Français, laissant place à l’élection potentielle de son opposant numéro un, Marine Le Pen. Alors que l’opinion publique se voyait rassurée grâce aux études d’opinions confirmant qu’elle « inquiétait » 60 % des Français, une enquête du 25 janvier 2021 d’Harris Interactive commandée par le quotidien LOpinion et le Cabinet CommStrat fuite. Elle révèle un record d’intentions de vote de 48 % pour Marine Le Pen contre 52 % pour Macron au second tour. L’euphorie emporte donc le parti du Rassemblement National qui s’empresse de publier les résultats suivi du hashtag #OnArrive. La directrice du Rassemblement National se voit déjà gagner la bataille malgré une absence d’alliés et des difficultés financières avec une perte de 2,4 millions d’euros pour son parti en 2018. Ce sondage doit cependant être prit avec prudence car les résultats n’ont jamais été publiés de manière officielle par le cabinet, dû à une marge d’erreur selon L’Express. Ce sondage n’a donc aucune valeur, ce qui n’a pas empêché le Rassemblement National de communiquer abondamment dessus. Ce sondage peut néanmoins être une indication sur les dynamiques politiques à venir en 2022. Déjà sur la ligne de départ depuis le début de la crise sanitaire, Marine Le Pen se positionne en tant que principale opposante à la gestion de crise du Covid-19 par le gouvernement de Macron. Alors que la mondialisation est en panne, la directrice du Rassemblement National promeut ses idées en défendant la Nation face à la pandémie. En prônant la séparation de la France avec l’Europe durant sa campagne de 2017, Marine Le Pen revient sur la scène politique avec des sujets auxquels la France fait face, tels que la fermeture des frontières, l’immigration, la lutte contre le terrorisme, et l’identité culturelle de la Nation. Ces sujets qui étaient dans le passé assimilés aux partis d’extrême droite sont aujourd’hui en partie d’actualité du fait de l’épidémie de la Covid-19.

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REUTERS/Benoît Tessier/AFP/Eric Feferberg/François Lo Presti

…face à des enjeux importants en termes de politique

Du côté d’Emmanuel Macron, son mandat a été rythmé par des événements qui marqueront l’histoire française. Entre gilets jaunes, grèves et pandémie, l’activité gouvernementale de ces dernières années à été entièrement focalisée sur des situations de crises. Suscitant un réel embouteillage dans les lois et grands projets proposés, cela représente un réel problème pour le chef d’état qui approche de la fin de son mandat présidentiel. Un mandat qui aura sans aucun doute largement pesé de son poids sur l’histoire de la Ve République, depuis son ascension éclair en 2017, après avoir évincé François Hollande. Une ascension fondée sur la promesse aux français d’une rénovation de la pratique politique avec la mise en avant de l’exemplarité. Un début de quinquennat basé sur l’affirmation du dépassement des clivages politiques gauche / droite au profit d’un pragmatisme efficace pour l’ensemble de la Nation. Il est aujourd’hui évident que la donne a changé. Emmanuel Macron aura des comptes à rendre avec devant lui des partis politiques historiques qui joueront vraisemblablement leur ultime élection. Un mandat souvent ponctué de « petites phrases » celles qui insurgent comme blessent. Un mandat marqué par le retour d’une pratique pyramidale du pouvoir, avec des pressions sur les députés. Un mandat aussi marqué par des attentats islamistes, le mouvement #meetoo, des accusations envers des membres du gouvernement … Tous ces événements laissent imaginer que les élections présidentielles de 2022 seront décisives à bien des égards : à la fois pour les partis historiques, pour qui les jeux d’alliance et de renouvellement seront indispensables, l’extrême droite qui constitue l’épouvantail séducteur pour une partie de la population française et potentiellement un catalyseur de ressentiments, et Emmanuel Macron qui devra rendre des comptes sur sa pratique du pouvoir et les nombreux scandales qui ont jalonnés son mandat.

Sources

 

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