Les Enquêtes du Sup – Hongrie vs Union Européenne: quel avenir pour le Fidesz ?

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Une nouvelle enquête du Supplément Enragé consacrée aux rapports complexes et tendus entre l’Union Européenne et l’un de ses pays membres, la Hongrie et son groupe Fidesz. Cet article est signé Clémence Pivain, à qui nous souhaitons la bienvenue dans notre rédaction.

par Clémence Pivain

Le 2 mars, le Fidesz, parti du Premier Ministre hongrois, Victor Orbán, quittait définitivement le PPE, parti de centre droit du Parlement Européen. Son départ fait suite à de nombreuses années de provocations et de divergences au sein de la droite européenne. Désormais, son repositionnement sur l’échiquier européen interroge et inquiète, dans un contexte de dérive démocratique en Hongrie, glissant vers le totalitarisme.

Le Fidesz, « Enfant Terrible », du PPE

Les députés européens du Fidesz, parti dont Viktor Orbán est le représentant national, sont intégrés au Parti Populaire Européen (PPE), principal groupe au parlement européen (centre-droit) depuis 2004. En nombre de sièges au sein du parti, il se situe en 4ème position, avec 12 eurodéputés. La délégation hongroise s’inscrivait alors dans une tendance droite-chrétienne aux côtés des délégations nationales allemande et autrichienne (le CSU et l’ÖVP).

Les réformes hongroises récentes, dont l’insertion dans la constitution de l’interdiction du mariage pour tous ou encore les attaques contre la liberté de la presse, ont souvent fait grincer des dents les autres membres du PPE, provoquant des relations ambivalentes entre les eurodéputés. Néanmoins, ce qui a véritablement enclenché des tensions fortes entre les députés européens est bien la question migratoire, avec l’utilisation par le premier ministre hongrois des exilés comme monnaie de chantage contre l’Union Européenne. En 2018, son rapprochement de la Ligue de Matteo Salvini (parti d’extrême droite italien) a encore ravivé les tensions, M. Salvini tenant un discours europhobe assumé. Malgré ces divergences, en novembre 2018, Joseph Daul, alors président du PPE, déclarait ne pas vouloir voir le groupe de Viktor Orbán sortir du parti, le qualifiant alors « d’enfant terrible», mais saluant la fidélité des députés Fidesz dans les positions portées. Par ailleurs, il soulignait que Viktor Orbán « a toujours fait marche arrière » à temps.

Néanmoins, les dérives du Fidesz n’ont pas cessé et le malaise a continué de grandir. En 2019, le gouvernement hongrois lance une campagne de diffamation à l’encontre de Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission Européenne et membre du PPE. En légende, un argument populiste redondant ; l’Union Européenne menacerait la souveraineté hongroise. C’est la goutte de trop qui poussera finalement 12 délégations membres du PPE à déclencher pour la première fois la procédure d’exclusion. Le Fidesz est alors suspendu, sans être exclu.

Une difficile exclusion

Manfred Weber, alors « Spitzenkandidat » c’est-à-dire chef de file du parti PPE, avait bénéficié du soutien de Viktor Orbán et des députés du Fidesz lors de son élection. L’argument pour ne pas tourner le dos aux représentants hongrois était d’éviter davantage de dérives autoritaires en conservant les représentants hongrois dans la même famille politique, afin qu’il ne s’allie pas avec d’autres groupes d’extrême droite. En d’autres termes, la participation des députés hongrois au groupe majoritaire PPE aurait permis de ne pas donner davantage de main d’œuvre aux groupes d’extrême droite européens. Le PPE était alors inquiété par la montée des populismes et de l’extrême droite en Europe, à l’aune des élections européennes la même année. En effet, le PPE perd des sièges au profit de la droite dure (ECR et ID) qui passe de 78 sièges à 135 à 2019 (sur un total de 750 sièges). Le maintien du Fidsez au sein du PPE permettait également une belle majorité au sein du parlement, ce qui dans une assemblée est plus que primordiale pour conserver le contrôle et éviter la dislocation des députés. Et pourtant, le PPE a entamé plusieurs mesures pour sanctionner l’encombrant clan Orbán. En mars 2019, suite aux nombreuses attaques diffamatoires contre Bruxelles, il est suspendu. Les membres du Fidesz ne pourront alors plus voter, ni peser dans les décisions du parti. Mais le 2 mars, c’est encore une nouvelle page qui se tourne. Le Fidesz, décide de lui-même de quitter le parti, avant de ne s’en faire exclure définitivement. En effet, une révision des statuts du parti permet une exclusion d’une délégation nationale si 15% des eurodéputés, inscrits dans au moins quatre délégations en font la demande.

Quel avenir pour le Fidesz ?

Plusieurs hypothèses sont envisageables. La première consiste à penser que le Fidesz puisse venir renforcer le groupe d’extrême droite du Parlement Européen, Identité et Démocratie (ID), qui représente 10% des sièges du Parlement, soit 73 sièges actuellement, dont le Rassemblement National (France) et La Ligue (Italie) sont membres. Néanmoins, le parti s’étiole depuis que M. Salvini s’inscrit dans la politique menée par M. Draghi, ancien président de la Banque Centrale Européenne et 1er ministre italien depuis le 1er février 2021 sur fond de crise politique profonde.

Il est toutefois plus probable que le Fidesz rejoigne les Conservateurs et réformistes européen (CRE), qui vaut 9% des sièges du Parlement, soit 62 députés. Un groupe également très à droite, dont la délégation ultraconservatrice polonaise Droit et justice (PiS), idéologiquement proche du Fidesz, est membre. La Pologne fait d’ailleurs parties des pays membres de l’Union Européenne fortement contestés pour leurs réformes nationales, en l’occurrence contre l’avortement ou les droits LGBT. Parti antifédéraliste mais soutenant le marché commun, ses positions pourraient faire écho à la volonté de V. Orbán de promouvoir la souveraineté hongroise tout en restant dans l’UE et continuer de bénéficier des nombreuses aides financières qui lui sont attribuées. En effet, rapporté au nombre d’habitants, la Hongrie est le 2ème bénéficiaire des aides européennes.

Une seconde hypothèse consiste à penser que le groupuscule pourrait créer un nouveau parti, comme évoqué par V. Orbán en janvier 2020 pour contrer « la tendance trop libérale » du PPE et s’opposer au groupe Renew Europe, porté par E. Macron. Mais cela nécessiterait de s’allier à d’autres délégations nationales. En effet, un nombre minimum de 23 députés venant de 7 états membres serait alors nécessaire alors que le Fidesz n’en compte que 12.

fidesz composition parlement européen
Composition du Parlement Européen en mars 2021 (Source: Toute l’Europe, 11/03/2021)

Évolution des rapports de force au Parlement Européen

Cette éviction a pour conséquence positive le réalignement des valeurs européennes au sein du PPE. Elle permet également une meilleure collaboration avec les partis Renew Europe et l’Alliance progressiste des Socialistes & Démocrates (S&D). La délégation hongroise au sein du Fidesz faisait pencher la balance au sein du PPE vers une approche très centrée sur le marché commun. En son absence, l’aile gauche du PPE prend du poids dans les orientations stratégiques du groupe pour le positionner vers des valeurs plus démocratiques et sociétales progressistes.

La situation entretient l’image de la Hongrie victimaire à laquelle V. Orbán est attaché et sur laquelle il fonde une grande partie de ses discours nationalistes et identitaires. Dans sa lettre de démission, le premier ministre hongrois a notamment indiqué se rebiffer contre la volonté du PPE de réduire son parti au silence, quand bien même il serait démocratiquement élu. Certains mouvements à droite, à l’instar du Slovène Zbor Za Republiko, reprochent au PPE le manque de respect des valeurs démocratiques.

Mais la principale menace réside dans l’isolement diplomatique de la Hongrie sur la scène européenne, qui pourrait l’inviter à se tourner vers d’autres puissances. Le pays collabore d’ores et déjà avec la Chine sur plusieurs sujets, comme l’éducation (ouverture du premier campus étranger de la Fudan University à Budapest) ou les vaccins par exemple. Cet isolement hongrois est d’autant plus crédible que lors des négociations pour le plan de relance européen, la Hongrie s’est montrée menaçante envers l’Union Européenne en refusant que les fonds alloués soient indexés sur le respect de l’état de droit, parvenant à alléger le mécanisme.

Sources
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