L’édito du 09.03 – Pascal Praud menacé de mort par Nekfeu & Sneazzy

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L’édito du 9 Mars 2020 consacré aux menaces de mort émises par les rappeurs Nekfeu & Sneazzy à l’encontre du journaliste et animateur Pascal Praud.

« Une balle dans le cervelet » pour cette « salope » de Pascal Praud ?

par Live A. Jéjé

 

Nekfeu n’en est pas à son coup d’essai. En 2013 déjà, il avait, pour la bande-originale du film « La Marche« , signé un texte au vitriol appelant à l’exaction contre Charlie Hebdo.

Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo

Nekfeu, dans la chanson « Marche » (2013)

Après les attentats du 7 janvier 2015 qui avaient coûté la vie à de nombreux journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo, Nekfeu avait pourtant exprimé des regrets. Evoquant premièrement une « honte » avant de conclure qu’il se sentait simplement « con« .

Cinq ans plus tard, c’est avec le rappeur Sneazzy que Nekfeu récidive, en s’en prenant, dans le featuring « Zéro Détail« , à Pascal Praud, l’animateur de « L’Heures des Pros » sur CNEWS. Une émission qui chaque matin et chaque soir, aborde sans tabou, et dans une ambiance anti-politiquement correct les sujets qui font l’actualité. 

Les deux artistes abordent l’islamophobie supposée du journaliste, dans des termes équivoques.

Les journalistes salissent l’islam, sont amateurs comme Pascal Praud (salope)

Ça mérite une balle dans le cervelet (cervelet), le canon au fond de la bouche (la bouche)

« Zéro détail », de Sneazzy & Nekfeu

Des propos qui ont « stupéfait » l’animateur, cible de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux depuis quelques mois pour le ton libre et prétendu « réactionnaire » de ses prises de positions, et de celles des éditorialistes qui officient au sein de son émission. 

Une indignation partielle du cercle médiatique

Ces paroles ont très vite été dénoncées et condamnées par un certain nombre de journalistes et de personnalités politiques. Mais le triste constat est, une nouvelle fois, hélas, au rendez-vous. L’indignation ne se fait entendre, à l’exception de quelques rares voix, dont celle d’Eric Naulleau, qu’à droite.

La quasi-totalité des éditorialistes, artistes, politiques, d’ordinaire si engagés pour se scandaliser dès qu’une parole est prononcée à l’encontre de tout ce(ux) que leur bienpensance nomme les « minorités« , les « dominés« , se sont tus. 

Un élément supplémentaire à mettre au dossier de leur complaisance, leur indignation à géométrie variable, qui en disent long sur  l’humanisme et la justice dont ils se réclament.

Pascal Praud, menacé d’offrir la parole à tout le monde

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Depuis que L’Heures des Pros existe, l’émission a souvent suscité la controverse et les critiques de nombre de téléspectateurs. Parce que c’est un des rares espaces télévisuels bénéficiant d’une véritable liberté d’expression. Tout ce qui fait l’actualité, sans tabous, est traité. Politique, religion, culture, scandales. Tout est commenté sur le plateau de CNEWS, par l’équipe de panéliste, symbole, et les images le prouvent, d’une véritable diversité. Se côtoient des personnalités de tous bords, de l’extrême-gauche au Rassemblement National. De tous horizons, aussi bien journalistiques, artistiques, politiques, culturels, sportifs, intellectuels, militants. Des hommes et des femmes de couleurs de peau, d’origine, de religions, de milieux différents.

L’incapacité à entendre l’Islam critiqué

Ce n’est pas tant ce principe de liberté d’expression qui dérangent les deux rappeurs. Ils savent eux-mêmes très bien que sans cette liberté, ils n’auraient d’existences artistiques et médiatiques. Ils s’en foutraient de Praud et de son émission si elle ne parlait que de l’orientation politique du gouvernement. Que de prêtres pédophiles ou du Coronavirus. C’est leur incapacité à concevoir toutes critiques de l’Islam qui provoquent chez eux une réaction épidermique.

L’erreur d’interprétation du duo

Celui qu’ils qualifient de journaliste « amateur », mais dont ils feraient bien de lire le CV, est la cible de leur courroux à cause d’une erreur d’interprétation. Parce que les deux artistes ne semblent pas comprendre que l’on peut, comme Praud le fait, émettre des critiques sur un mouvement idéologique aux visées politiques et basé sur l’Islam, qui va à l’encontre de tous les principes républicains, sans verser dans la haine des musulmans. Que l’on peut donner la parole à des penseurs critiques envers l’Islam, tel Eric Zemmour ou Zineb El-Rhazoui sans adhérer à leurs postulats.

Nekfeu répète son erreur

Nekfeu reproduit la même erreur de perception qu’il avait commise pour Charlie Hebdo. Quand il assimilait des discours réactionnaires et islamophobes d’avec des caricatures du prophète, qu’un furieux élan de liberté de rire de tout, poussait une bande d’anarchistes, pas dangereux pour un sou, à dessiner. Le contexte d’islamophobie croissante dans lequel la France a baigné depuis quinze ans y est pour quelque chose. Comme le rappeur, maints font cet amalgame. Si fatigués des discours discriminants de l’extrême-droite, si convaincus d’être rejetés par une majorité de la population.

Une incapacité qui confine à la haine

Si tous ceux qui s’insurgent contre ce qu’ils pensent être une publicité faite à des islamophobes regardaient à tête reposée l’émission, ils verraient que la contradiction a toujours été apportée. Et ce, dans des échanges particulièrement musclés, envers ceux qui ont un discours critique concernant l’Islam. Ils ne le font pas, se braquent, trouvent insupportable le moindre bémol. Ils n’ont plus besoin de zapper pour ne pas écouter la suite, entendre les contradicteurs d’une Zineb El-Rhazoui leur tomber dessus. Leur cerveau s’est chargé de zapper à leur place, a tapé sur le bouton « mute » de la télécommande.

Ce que les menaces reçues par Pascal Praud nous disent de notre monde

Au-delà de la gravité des menaces reçues par l’animateur, ces comportements, ces réactions épidermiques sont caractéristiques de notre époque. Dans une France plurielle, les espaces d’échanges se retrouvent confrontés à une véritable défiance de la part des individus. Chaque « camp » idéologique s’est trop longtemps refusé à parler avec l’autre. A préféré pérorer auprès d’un public complaisant. Du fait, les jeunes générations demeurent interdites, s’esclaffent lorsque la polémique naît de l’affrontement d’idées.

La victoire de la forme sur le fond

Dans notre société du buzz, de la réaction immédiate, ils s’émoustillent des enfantillages des candidats de télé-réalité, parce que cela ressemble à la vie qu’on leur offre. Une vie vide de fond, où seule la forme compte. « T’as dit ça sur moi ? T’es pas d’accord avec moi ? T’es une sale pute, me parle-pas ! ». Bercés dans le manichéisme le plus total, c’est un éternel questionnement quant à l’utilité qui les saisit à chaque redécouverte, lorsqu’une page publicitaire est lancée et qu’ils font défiler les chaînes pour que ça passe plus vite dans leurs têtes, de plateaux où des individus, parce que leurs opinions divergent, se donnent le temps de discuter, de débattre. « Pourquoi se calculent-ils s’ils ne sont pas d’accord ? ».

A quoi ça sert ?

Alors, ils se demandent quand-même quel est l’intérêt de la chose. Puis, ils prennent conscience que cela fait bien cinq minutes que les pubs ont été lancées sur la chaîne qu’ils regardaient. Ils rappuient sur W9, NRJ12, et haussent les épaules, concluent qu’ils n’ont pas besoin de se préoccuper de cette étrangeté qui s’est déroulé quelques instants sous leurs yeux. Le but, le pourquoi s’annihile complètement. Ils n’ont pas passé assez de temps devant le débat pour commencer à percevoir que ces réunions qui tournent au vinaigre sont la meilleure façon d’analyser ce que la société, en tant qu’espace constitué de tant d’individualités, mais condamnées à cohabiter, ressent. Que l’objectif n’est pas de trouver une solution immédiate aux problèmes abordés. Qu’il est de poser sur la table ce que chacun des intervenants est parvenu à sonder l’opinion, en auscultant ce qui fait l’actualité, en analysant les décisions prises par ceux qui sont mandatés pour en prendre, en lisant, écoutant les réactions, à chaud, à froid.

Un mal sans remède ?

Ce mal-ci, l’un de nos plus destructeurs, Pascal Praud, comme d’autres, l’a diagnostiqué. Avec L’Heure des Pros, il en propose un palliatif, conscient que les nostalgiques de l’époque « où on pouvait tout dire », de « Droit de réponse », de Coluche, se sentiront attirés, respireront un peu de l’air sincère que leur offriront les échanges des éditorialistes, avant de retrouver la pollution du climat social. Cynique peut-être, se roulant les mains, à l’idée que les audiences, la controverse seront au rendez-vous. Optimiste, voyant qu’il ne manque pas de personnes qui ont des choses à dire, des points de vue diamétralement opposées. Que si on les livre au public, on parviendra à captiver de nouveau son attention, éveiller son intérêt. Pour ce faire, il cède tantôt aux sirènes du buzz, il se met en scène, mais c’est de bonne guerre.

Enfin, trop naïf, sans doute, pour croire que la liberté de penser, de parler, de signifier son accord, ses doutes qu’il défend à chaque numéro puisse aller jusqu’à provoquer des réactions si vives que sa vie s’en retrouve menacée, la « stupéfaction », pour reprendre ses termes, prend le dessus. Et le cynisme s’inverse. Les certitudes tombent. Bien sûr que cette société est trop endoctrinée. Les murs par un capitalisme sans foi ni loi, ceux qui la fréquentent par des professeurs lisses, bienpensants, moralisateurs. Bien sûr qu’elle ne peut que se diviser dans de telles conditions. Dans ce mélange antinomique de la forme et du fond, qui ne crée que des hybrides. Bien sûr que certains gus se réveillent, comme Morpheus débranchait Néo de la matrice, et que devant le peu d’alternatives qui s’offre à lui, se droitise à l’excès, se retranche.

Condamné à vivre sous la menace ?

Alors, le Pascal Praud, il se prend non seulement tout ça dans la gueule, mais il est bien piégé : s’il courbe l’échine, il s’incline devant l’intolérable. Il devra continuer, défendre ce qu’il fait, s’expliquer, ou faire comme si de rien était. Mais il devrait au moins bénéficier du soutien sans réserve de ceux qui se proclament les plus grands défenseurs des libertés.

 

 

 

 

 

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